Aller sur la navigation Aller au contenu principal Aller sur la recherche

Comprendre les fragilités

L'adieu interdit : Marie de Hennezel interroge nos peurs, le confinement, le déni de la mort

Auteur Rédaction

Temps de lecture 3 min

Date de publication 19/10/2020

0 commentaires

Oser parler de la culpabilité des aidants qui n’ont pu accompagner les derniers instants de leur proche

Alors que l’épidémie de covid-19 reprend de plus belle, au point que l’Etat d’urgence est à nouveau décrété, Marie de Hennezel, psychologue, auteure de nombreux ouvrage sur le vieillissement et la mort, alerte face à la folie hygiéniste qui impose des situations proprement inhumaines. Elle nous pousse à ré-agir et mettre en oeuvre les rituels humainement indispensables.


Adieux interdits


C’est la première fois dans l’histoire de l’Humanité que les proches des mourants ont été interdits de visite pour les derniers instants, interpelle Marie de Hennezel. C’est la première fois que des obsèques ont été escamotées : un véritable cauchemar d’inhumanité” pour les personnes concernées, leurs proches et aussi pour les professionnels en première ligne.

Cela provoque et va provoquer des angoisses, des malaises chez les vivants. On ne se donne plus le droit d’être heureux quand on a laissé son parent mourir tout seul”, estime le psychiatre Boris Cyrulnik, cité par l’auteure. On se punit”.

D’autant que certains citoyens ont poussé les portes. Ils ont exigé de voir leur proche, de lui tenir la main, de lui parler, d’autant qu’aucun texte ne l’interdisait… sauf que le matériel manquait, reconnaît l’auteure.

Dès que cela a été possible : ils ont été équipés (masques, blouses, gants) par des professionnels de services de soins palliatifs, d’Ehpad (Etablissement pour personnes âgées dépendantes) qui ont ajusté les recommandations, les doctrines”, au cas par cas.

Comment avons-nous pu accepter cela ? Pourquoi avons-nous été aussi dociles ?


La peur, les peurs expliquent les docilités des proches, des professionnels, explique Marie de Hennezel. Elle est mauvaise conseillère et demande à chacun de défendre son éthique personnelle, la culture palliative. Mais face à la culpabilité : il faut parler, insiste la psychologue, il faut trouver de l’aide auprès des professionnels de l’écoute pour se pardonner de cette situation imposée et avancer.

Dans son chapitre Lettre aux endeuillés”, face aux rituels écourtés ou interdits, l’auteure invite à réaliser un rituel différé, personnalisé. Une lettre personnelle ou collective au défunt que l’on brûlera, une cérémonie religieuse, une rencontre laïque, en famille, dans un lieu symbolique, en présentiel ou en visio.

En cette veille de Toussaint, à chacun de définir son rituel, à savoir : un moment, un lieu, une organisation, qui apaisera les vivants et ouvrira les chemins du deuil, insiste l’auteure.

Tous à risque


Les décès de nos proches nous rappellent que nous sommes tous mortels et que vivre est un risque, insiste Marie de Hennezel. A nous d’écouter la parole des vivants, des très vieux, et respectons leur choix, leur droit au risque. Sinon certains perdront pieds et lâcheront prise face à une vie qui ne se résumerait qu’à la survie du corps, sans liens, sans touchers, sans liberté.

Nous allons tous mourir, rappelle l’auteure, aussi développons une culture palliative, soutenons tous les professionnels jusqu’aux services funéraires (fortement touchés eux-aussi par le coronavirus). Et apprenons à méditer sur la vie, sur sa finitude. Sachons apprécier cette vie qui nous est offerte de vivre.

Affronter nos peurs et le déni de la mort

Marie de Hennezel salue ces nombreuses initiatives de professionnels qui n’ont pas appliquer les règles au pied de la lettre mais ont travaillé avec leurs équipes à des ajustements au cas par cas. Ils ont mobilisé les technologies pour proposer un lien ne serait-ce que par la voix (le téléphone, la visio).

Parce que demain un nouveau virus réapparaîtra, elle invite demain à écouter et respecter la parole des personnes concernées (cf. loi du 4 mars 2002 sur les droits des malades, post années sida). Certains voudront être isolés, protégés, d’autres souhaiteront prendre le risque de la rencontre.

Elle invite à créer des cellule d’éthique d’urgence face à une nouvelle crise avec les conseils de la vie sociale (CVS) pour ajuster les règles de la vie individuelle et collective au sein de ces Ehpad. Enfin elle invite le lecteur à s’interroger sur son rapport à la mort, à la préparation de sa toute fin de vie avec les directives anticipées, la personne de confiance, son testament, les éléments de sa haie d’honneur”, le moment venu.

Mais plus jamais ça” insiste Marie de Hennezel

L’adieu interdit
Marie de Hennezel
Editions Plon
157 pages — 16 euros 

Partager cet article