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Annie Girardot : une actrice atteinte de la maladie d'Alzheimer

Auteur Rédaction

Temps de lecture 4 min

Date de publication 06/03/2011

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Elle n’avait pas honte de l’affection qui la frappait

Annie Girardot aux césars en 1996Annie Girardot est décédée, lundi 28 février, à l’hôpital Lariboisière, à Paris. Elle avait 79 ans. Annie Girardot était une des actrices préférées des Français. Dans un livre confession, elle écrivait : « Toute ma vie, j’ai donné, donné, donné. On m’a rarement rendu et beaucoup volé. Tout partait. Comptable de rien, j’ai tout avalé. Et ravalé mes larmes et ma rage devant ces trahisons. Puis j’ai compris que mon destin était bien de donner, donner du plaisir, donner de l’émotion. »
Les dernières années de la vie d’Annie Girardot ont été difficiles. Un jour, elle n’a plus reconnu dans la rue son ancien compagnon Bob Decout, avec lequel elle avait monté un spectacle au Casino de Paris. Elle était atteinte de la maladie d’Alzheimer. L’actrice a rejoint son frère Jeannot, atteint du même mal, dans une maison médicalisée. Elle écrivait à la fin de ses Mémoires : « La passion m’a brûlée. Je ne regrette rien, comme la môme Piaf. Sans rancune et sans remords. »

Cette actrice authentiquement populaire est née le 25 octobre 1931, d’une mère célibataire. A 2 ans, elle est confiée à un couple de médecins normands, le temps, pour sa mère, de faire ses études de sage-femme. Celle-ci l’inscrit ensuite au Centre d’art dramatique de la rue Blanche, alors qu’elle était partie pour être infirmière. Annie ne se le fait pas dire deux fois : elle sera « l’infirmière du septième art ».

Pour l’heure, c’est de théâtre qu’il s’agit, et ça va vite. Elle entre au Conservatoire, chante à La Rose rouge sous le nom d’Annie Girard, déclame au Lapin agile, rigole avec la troupe des Branquignols, obtient deux premiers prix de comédie classique et moderne (1954). Annie Girardot entre ensuite à la Comédie-Française, interprète Mérimée, Jules Romains, Shakespeare. Elle quitte cette grande Maison très vite. Elle a eu le temps de susciter ce compliment de Jean Cocteau, dont elle joue La Machine à écrire : « C’est le plus beau tempérament dramatique de l’après-guerre. »

Au cinéma, elle a tourné avec Pierre Fresnay dans L’Homme aux clefs d’or, de Léo Joannon (1956). On la voit aussi, avec Jean Gabin, dans Le rouge est mis, de Gilles Grangier (1957), et dans Maigret tend un piège, de Jean Delannoy (1957). C’est cette famille à laquelle elle souhaite appartenir. 
1960 : Visconti tourne Rocco et ses frères. Pour le rôle de Nadia, la petite prostituée, on lui a suggéré Brigitte Bardot ou Pascale Petit, il a répondu qu’il voulait une comédienne, pas une manucure. Et il a choisi Annie Girardot. Au théâtre, Annie Girardot joue L’Idiote, de Marcel Achard. Puis elle s’installe en Italie, se met à tourner avec Mario Monicelli (Les Camarades, 1963), ou cet incroyable Mari de la femme à barbe, de Marco Ferreri, avec Ugo Tognazzi, où elle joue l’épouse, la femme singe.

Elle retrouvera Ferreri le provocateur en 1969, dans Dillinger est mort, face à Michel Piccoli qui lui fait des câlins : « Je n’ai jamais rien joué de plus érotique ! » Aucun souci : le nu n’indispose pas Annie Girardot, habituée de l’île du Levant, domaine naturiste du Midi de la France. Ces deux films sont des échecs cuisants.

Les films d’auteur vont se faire de plus en plus rares dans la carrière d’Annie Girardot, qui s’épanouit dans des films populaires et devient l’une des comédiennes préférées des Français. A partir des années 1970, Annie Girardot fait corps avec le réel. Elle joue des personnages de fiction, elle veut jouer des personnages proches d’elle, proches de la vie des gens.

Petite secrétaire en attente de l’homme de sa vie dans La Vieille fille, de Jean-Pierre Blanc, bourgeoise rangée saisie par la fringale sexuelle dans La Mandarine, d’Edouard Molinaro, mère d’Isabelle Adjani dans La Gifle, elle s’accroche à ce qu’elle aime. Annie Girardot va enchaîner les rôles de femme à poigne, symbole de la prise en main par les femmes de leur destin pendant les années giscardiennes : patronne de restaurant (Il faut vivre dangereusement), médecin atteinte d’un cancer (Docteur Françoise Gailland, film pour lequel elle remporte le César de la meilleure actrice), mère d’une fillette assassinée (A chacun son enfer), commissaire de police (Tendre poulet et On a volé la cuisse de Jupiter), toiletteuse pour chien amoureuse d’un percepteur (Cours après moi que je t’attrape), épouse écolo d’un industriel loufoque (La Zizanie), professeur de lycée proche des jeunes (La Clé sur la porte)…

La suite est douloureuse. Annie Girardot sent les propositions se raréfier, elle ne le vit pas bien. « Je ne suis pas du tout morte », proclame-t-elle en recevant le César de la meilleure actrice de second rôle en 1996 pour Les Misérables, où elle est la Thénardier. « Je ne sais pas si j’ai manqué au cinéma français, mais à moi, le cinéma français a manqué, follement, éperdument, douloureusement. »

Elle se livrera sur le tard à une sorte de confession : « J’ai souvent dit oui, à n’importe quelle condition. Besoin de travailler. Je me jetais dans le travail comme dans un gouffre. Sans discernement. Je suis devenue un produit comme tant d’autres, et je me suis crevée. »

Annie Girardot
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