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Trop, c'est trop ! Arrêtez de présenter les seniors comme de super nantis !

Auteur Rédaction

Temps de lecture 4 min

Date de publication 21/03/2011

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Dans un article publié dans le Monde du mardi 4 janvier 2011, Louis Chauvel feint de craindre l’émergence d’une lutte entre générations.

Dans le même temps, sa présentation du mal être –réel-des jeunes et l’analyse qu’il fait de ses causes, contribue largement et de façon détestable, à souffler sur les braises de ce conflit naissant, attisé par un nombre toujours croissant de prises de position analogues…

Il est injuste et dangereux d’opposer le soi disant bonheur des retraités actuels, issus du baby-boom, aux difficultés rencontrées par les jeunes, et encore plus de les rendre « responsables de l’appauvrissement de générations nées trop tard ! »

Injuste, car il faut rappeler un certain nombre de données :
Le niveau des retraites : certes, celui-ci s’est amélioré au fil du temps mais le dispositif n’a pas le caractère aussi généreux qu’on veut bien lui prêter
La retraite totale tous régimes (y compris réversion) s’élèverait à 1 400 € (1 343 € pour le smic mensuel), ou à 1 795 € par mois pour une carrière complète (60 % des retraités) et pour les femmes il est bien inférieur, de l’ordre de 900 € par mois. Ces chiffres sont à mettre au regard, par exemple, du prix d’hébergement fixé par les maisons de retraite (2 000 à 3 500 €). Ils sont aussi à comparer avec les revenus que les intéressés percevaient en tant qu’actifs et à cet égard, le taux de remplacement net était de 76% pour un salarié non cadre partant à la retraite en 2006, après 40 années de cotisations.
Mais les analystes n’en restent pas là : Pour connaître et comparer les niveaux de vie réels, ils prennent en compte les prélèvements sociaux, les autres revenus mais aussi la composition des ménages dans lesquels retraités et actifs vivent. Une fois pris en compte l’ensemble de ces effets, le niveau de vie des ménages retraités était de 17 500 euros et représentait 90% de celui des actifs (19 300 euros) en 2004, ce qui amène d’aucuns à souligner l’aisance de retraités qui n’aurait d’égal que leur égoïsme.
C’est évidemment oublier qu’il existe d’importantes inégalités entre retraités comme entre actifs. De nombreux retraités vivent uniquement de leurs pensions, seule une minorité tire l’essentiel de ses revenus de son patrimoine.
C’est oublier aussi l’importance de l’entraide intergénérationnelle : de nombreux retraités ont à soutenir à la fois leurs enfants et petits enfants (notamment en cas de rupture familiale ou de chômage affectant un proche) et à venir en aide à leurs aînés, en particulier lorsque ceux-ci deviennent dépendants (la moitié des personnes âgées est uniquement aidée par ses enfants et ceux-ci prennent en charge une partie des frais lourds entraînés par l’état de dépendance de leurs parents)
Le « confort »envié des seniors sanctionne une vie qui ne s’est pas toujours apparentée à un long fleuve tranquille :
- Certes les jeunes retraités n’ont pas souffert de la deuxième guerre mondiale à la différence de leurs parents mais un partie d’entre eux ont subi la guerre d’Algérie ;
- Les conditions d’existence et les rapports au sein de la société, durant leur jeunesse, ont été rudes comme en a témoigné l’explosion de mai 68 ;
- Le travail était plus accessible qu’aujourd’hui mais la crise du logement existait déjà,
- La retraite est souvent la contrepartie méritée d’une carrière longue et contraignante. Parce que la crise économique détruit des emplois, on considère presque ces carrières longues comme « une chance », « un privilège »et non un fait normal ou un facteur d’usure : c’est le cas des retraités qui ont commencé un apprentissage dès 14 ans avec de durée de travail au quotidien ( 12 heures fréquemment) et des exigences patronales que les jeunes n’accepteraient plus à présent.
- La vie au travail n’a pas été douce pour tous comme le montre l‘augmentation constante des accidents et maladies professionnels, sans parler d’affaires telles que celle de l’amiante qui continue de priver de retraite ben des salariés.
- Enfin, si beaucoup de salariés partent en retraite, usés physiquement, nombreux sont ceux qui ont eu à surmonter l’épreuve morale d’une perte d’emploi bien avant l’age de la retraite.

Dangereux :
Ce dernier exemple montre que les plus âgés n’ont pas une place forcément enviable dans l’entreprise et dans la société toute entière ; ici, l’expérience n’est pas valorisée et là, beaucoup finiront dans la solitude et la dépendance sans avoir les moyens d’y faire face.

Non, il ne faudrait pas confondre la situation d’une poignée de parlementaires qui considèrent les retraités comme des nantis, sans remettre en question leur propre régime très favorable, et celle de la masse des retraités et éviter de dresser contre celle-ci les jeunes dont le sort est préoccupant mais ne trouvera pas d’amélioration par une paupérisation des anciens.

Mais peut-être s’agit-il d’une stratégie visant à préparer l’opinion publique à des mesures frappant les retraités ? Les mauvais coups sont mieux acceptés lorsqu’ils sont maquillés par une soit disant recherche de justice

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