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Maisons de retraite - Acteurs associatifs : pourquoi sont-ils si discrets ?

Auteur Rédaction

Temps de lecture 7 min

Date de publication 25/03/2011

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Le secteur du médico-social réunit plusieurs acteurs. On trouve schématiquement des acteurs privés commerciaux, des acteurs privés associatifs et des acteurs publics territoriaux ou hospitaliers.
Les groupes de maisons de retraite privés abreuvent régulièrement les médias de chiffres, plus spectaculaires les uns que les autres. Ceux qui sont cotés en bourse (Orpéa, Korian, Médica…) ont l’obligation de communiquer et de valoriser l’investissement de leurs actionnaires (actuels et futurs).

Pourtant d’autres acteurs, bien silencieux ceux-là, participent à l’accompagnement des aînés. A domicile bien sûr mais aussi en maisons de retraite. Ce sont des associations à but non lucratif.
Pourquoi ne les entendons-nous jamais s’exprimer sur leurs taux d’occupation ? Pourquoi ne communiquent-elles pas sur leurs résultats alors que les demandes et les listes d’attente semblent interminables ? Pourquoi laissent-elles le secteur privé occuper toute la place ? Une question qui nous tracasse chez Agevillage. On fait le point avec Alain Villez, Conseiller technique national personnes âgées à l’UNIOPPS.

De par leur statut, les associations ne sont pas soumises à l’impôt commercial. Elles sont astreintes à une gestion désintéressée et doivent respecter la règle dite des 4 P :
- Prix : il doit être accessible à tous
- Prestation : elle doit répondre à besoin social et être à la hauteur des exigences et
- Public : les maisons de retraite doivent pouvoir accueillir tous les publics et surtout les plus fragiles, socialement
- Publicité : elles ont interdiction d’en faire.
Sur ce dernier point, la limite est subtile. Elles n’ont pas le droit de faire de publicité pour ne pas devenir des entreprises commerciales, assujetties à l’impôt (commercial justement) mais doivent toutefois se faire connaître pour continuer d’exister. Pourtant le service est le même (en théorie) et les résidents ou les familles devraient pouvoir accéder aisément à tous les détails de fonctionnement. On se retrouve donc dans un système « à deux vitesses », où les entreprises privées communiquent à outrance alors que le secteur associatif est étonnamment silencieux.

Mis à part le prix, qu’est-ce qui différencient les structures ?
« Le projet associatif », explique sans hésiter Alain Villez. « Il mobilise beaucoup d’énergie au sein des établissements. Car s’il est vrai que le projet d’établissement est obligatoire, le projet associatif ne l’est pas. Comment associer les clients, les rendre partenaires et membres actifs du projet ? C’est un véritable défi. On ne peut pas se contenter de proposer une prestation de services, même si nous ne devons pas nous en exonérer ».

L’Etat impose progressivement avec les ARS une nouvelle forme de gestion et d’information descendante. Il instaure un contexte de mise en concurrence et d’appels à projets. On peut légitimement s’interroger sur la place et l’évolution du secteur associatif médicosocial.

Convergence
Autres différences notables entre statuts : les instutions publiques et associatives peuvent recevoir des subventions d’organismes publics, de collectivités locales, des terrains peuvent leur être proposés, ce qui n’est pas le cas pour le secteur privé.
Par ailleurs, les autorités du tutelle ont fait leur calcul : pour un même type de résidents accueillis, certains établissements bénéficient de budgets soins très supérieurs à d’autres (plus de personnels soignants). La notion de convergence budgétaire” veut rééquilibrer tout cela, souvent en défaveur des secteurs publics et associatifs. Sans dénaturer la qualité, le projet de l’institution”, nous disent les tutelles. A suivre.

Pour compléter ce dossier, des liens vers des articles :
L’avenir des maisons de retraite
10 000 établissements d’accueil pour personnes âgées

L’ADGV de Valenciennes, un projet associatif au service des résidents

Maison desandrouin de l'adgvAlain Carpentier est le directeur de l’ADGV. Une maison de retraite communautaire dans le Nord de la France.
Sociologue de formation, et animateur socioculturel, il a vu naître le projet de maisons communautaires il y a 10 ans. Il nous en explique la génèse.


Notre association s’est créée grâce à l’initiative de résidents personnes âgées et de professionnels de la gérontologie. A l’époque, nous caressions un rêve, une douce utopie, qui visait à proposer aux personnes âgées de vivre dans des toutes petites unités de vie. Plus c’est petit, plus c’est chaleureux et susceptible de plaire à des personnes âgées. Il faut comprendre que c’est toujours un drame de quitter son domicile, d’abandonner la maison dans laquelle on a tous ses souvenirs. Il est donc important de créer des lieux de plaisir pour que la personne puisse s’y retrouver comme chez elle. A l’époque, on nous disait que ce n’était pas gérable… Aujourd’hui, on a fait la démonstration que ce modèle fonctionne. Nous comptons 6 petites unités (de 17 à 35 studios en fonction des endroits). Et nouveauté, nous pouvons maintenant accueillir des couples.

Nous sommes aussi convaincus que le vieillissement de la cité doit rester l’affaire de la cité. Nous, individuels et associations, sommes là pour mettre ce projet en musique. Mais il doit être pris en charge et porté par la commune et la population locale. D’où l’idée qui prévaut à chaque nouvelle création d’unité de vie : associer les acteurs locaux.

C’est ainsi que nous constituons trois commissions : la première sera chargée de l’architecture, la seconde du recrutement et la 3ème des personnes âgées. Ces dernières sont très associées au projet durant les 10 mois que durent la construction et l’élaboration du projet. Les personnes âgées vont ainsi visiter le chantier de construction plusieurs fois.
Le personnel est recruté dès le début sur ses qualités humaines car si la pratique s’acquiert, les qualités humaines sont innées. Nous cherchons des gens capables d’accepter la différence et d’affronter le deuil. Nous choisissons toujours des gens qui habitent la région. Cela crée une atmosphère de confiance pour les futurs résidents. Le personnel est envoyé en formation qualifiante durant l’année de construction des bâtiments. Ainsi à l’ouverture de l’établissement, tous sont diplômés et ont déjà vécu une expérience commune (la formation).

Les familles sont reçues très tôt. C’est important pour nous de les impliquer dans le projet, qu’elles participent à la vie de la maison communautaire (un nom loin d’être anodin) et qu’elles adhèrent à notre philosophie.
Ici les portes sont toujours ouvertes. Les familles ou les proches peuvent venir quand ils le désirent. D’ailleurs, ils aiment se retrouver dans la salle commune. Un lieu où ils apprennent à se connaître et où ils peuvent échanger sur leurs difficultés, tisser des liens. On sait qu’ils culpabilisent souvent. Il nous faut les accompagner. Pour ce faire nous organisons régulièrement des groupes de parole ou des conférences sur des thématiques qui les touchent et les concernent.

La liberté est fondamentale. J’ai appris qu’on ne fait jamais le bonheur des autres contre leur volonté. Les personnes malades Alzheimer ne sont une menace ni pour elles-mêmes, ni pour la société. Nous n’avons donc aucune raison de les enfermer. Avec l’UNIOPPS, nous réclamons le droit au risque. Il nous donne la possibilité de leur offrir le bien-être, la liberté, la confiance et le plaisir. Une des clés de notre philosophie de vie. C’est la même chose pour la démédicalisation que nous prônons (un traitement contre l’hypertension à 95 ans est-il bien utile ?), la recherche du bien-manger (écosser des petits pois, laver une salade, préparer un repas fait partie des occupations proposées et peuvent illuminer la journée d’un résident)…

L’attention et le respect de l’intimité
C’est un des points essentiels. Avant d’emménager à la maison communautaire, chaque résident est d’abord rencontré chez lui. Sur son terrain. Ensemble, nous rédigeons son récit de vie : ses habitudes, ses horaires, ses désirs. Ainsi l’une de nos résidentes prend son petit déjeuner à 10h45 dans son lit, un autre à 7h00 en pyjama dans la salle commune. L’un prendra de la charcuterie, l’autre un thé sans sucre. A nous de nous adapter et de respecter chacun. Parfois il faut un peu négocier, pour faire la barbe d’un monsieur par exemple. L’humour est pour cela la meilleure arme. Et puis s’il refuse, ce n’est pas grave, on s’en occupera le lendemain.
La toilette dure 30 minutes. Elle se déroule généralement le matin. L’après-midi, nous privilégions le bain plaisir. On met de l’encens et une jolie lumière.

Prendre soin des personnes âgées doit être une passion. Une vocation. Lorsqu’on protocolise tout dans une maison de retraite, on tue la vie et l’espérance.
Logo ADGV
En savoir plus : www​.adgv​-union​.org

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