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Doyen, doyenne :" l'information sur les vivants n'est pas exhaustive"

Auteur Rédaction

Temps de lecture 2 min

Date de publication 28/07/2011

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Un entretien avec Jean-Michel Robine, directeur de recherche à l’Inserm

L’information sur les vivants n’est pas exhaustive”, met en garde Jean-Michel Robine, directeur de recherche à l’Inserm, après la nouvelle attribution du titre de doyenne des Français” à Marcelle Narbonne, 113 ans

Q : Le titre de doyen des Français” est-il sujet à caution ?

JM Robine : On ne peut rien garantir. Nous donnons une information publique, mais il faut savoir que certaines familles refusent que le nom de leurs très âgés soit divulgué.
C’est surtout après le décès de Jeanne Calment, en 1997, dont les derniers temps avaient fait l’objet d’un cirque médiatique, que les familles étaient vraiment réticentes à ce que le nom de leurs très âgés soient dans la presse.
Nous avons les noms de l’ensemble de la population, mais uniquement à partir du moment où ces gens sont décédés. L’information n’est exhaustive que pour les personnes décédées”
.

Q : Depuis le record” Jeanne Calment, l’écart semble se resserrer entre les doyens successifs, pourquoi ?

JM Robine : Ce qui est sûr, c’est que Jeanne Calment, morte à 122 ans, est une exception. L’âge maximum au décès est passé d’autour de 100 ans en 1900 à autour de 115 ans aujourd’hui. On voit bien qu’il y a une augmentation exponentielle, considérable, du nombre de centenaires et donc maintenant de personnes âgées de 105 ans et de personnes âgées de 110 ans. Mais l’âge maximum, lui, n’augmente pas de façon exponentielle, il augmente plutôt de façon linéaire au cours du siècle.
Le cas de Jeanne Calment a donné à la fin des années 90 une impression d’augmentation exponentielle. Mais c’est quelqu’un qui est en dehors du phénomène normal d’allongement de la durée de la vie. Les explications qui valent pour la longévité de Jeanne Calment sont des explications d’ordre privé. Ce ne sont pas des facteurs généraux qui s’appliquent à toute la population”
.

Q : Est-ce que le titre de doyen a encore un sens ?
JM.Robine : Oui et non. De toute façon c’est pour très peu de temps. On n’en tire aucun bénéfice ou alors on défie les règles et on devient un phénomène. Ca n’a pas de sens.
Par contre, le fait qu’on en parle oblige tout le monde, y compris les décideurs, à réfléchir à cette question de la longévité. C’est une des rares occasions d’en parler, parce que ça reste un phénomène complètement silencieux : ça se passe chez des gens qu’on ne voit plus. Pourtant ça crée une population extrêmement importante de personnes âgées et aujourd’hui, on ne sait pas comment la prendre en charge.
Ca renvoie à des questions de qualité de vie, d’éthique. On a une nécessité absolue d’avoir un énorme débat sur cette question. Parce qu’on suspecte que dans la société de demain, si on laisse aller les choses, ça sera impossible de mourir : mourir sera vu comme un échec professionnel des personnes en charge de garder les très âgés”.

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