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Accompagnement de fin de vie et euthanasie : une frontière fragile

Auteur Rédaction

Temps de lecture 3 min

Date de publication 14/08/2011

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Un entretien avec le Dr Jean-Marc La Piana, de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs.

En matière d’euthanasie, interdite en France, la frontière peut être fragile entre ce qu’autorise la loi et le désir du médecin de soulager au mieux les patients en fin de vie, explique le Dr Jean-Marc La Piana, de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs.

Q- Pour les cas de fin de vie, que font les médecins aujourd’hui ?
R — La loi donne un cadre et chaque cas, à chaque fois, doit être analysé.
La loi Leonetti existe depuis 2005 et répond complètement aux besoins des personnes qui peuvent être en difficulté dans cette phase de fin de vie.

Nous ne pratiquons pas d’euthanasie mais la loi Leonetti permet de soulager les symptômes quelles que soient les conséquences.
On se trouve aussi dans des situations particulières sur lesquelles on doit travailler, réfléchir en équipe. On ne doit pas faire n’importe quoi, non pas par peur de se faire taper sur les doigts, mais pour être au plus près de ce qu’un patient peut désirer, au plus près de son confort et au mieux dans l’accompagnement.

La décision fait au moins l’objet d’une discussion avec l’équipe présente. Mais quand quelqu’un s’étouffe, je ne vais pas attendre le lendemain de réunir toute l’équipe pour en discuter. Toute décision est partagée avec l’équipe du moment.
C’est l’intentionnalité qui est importante si je fais une piqûre pour tuer une personne, pour mettre directement fin à sa vie c’est de l’euthanasie — si je le fais pour traiter des symptômes très lourds et qu’elle meure, ce n’est pas la même chose.

Q- Pratiquement, que fait-on ?
R- Chaque fois qu’une personne en fin de vie a des symptômes qui peuvent être difficiles à vivre, comme la douleur ou l’étouffement, la loi autorise l’utilisation de moyens thérapeutiques pour améliorer et faire disparaître ces symptômes, quelles que soient les conséquences. Parce que la priorité c’est de soulager la personne. Quel que soit le médicament qu’on utilise ce sont toujours des médicaments qui peuvent avoir à la fois un effet bénéfique et un effet délétère. Ce sont des produits que l’on n’utilise pas à la légère.

La morphine ou l’Hypnovel (une benzodiazépine contre l’anxiété) sont des médicaments d’usage courant dans les centres de soins palliatifs. Utilisés convenablement, ils ne font pas forcément partir la personne et peuvent soulager les symptômes. Et, parfois, on peut avoir effectivement le départ de la personne parce qu’elle est fragile. On peut augmenter les doses de morphine ou d’Hypnovel pour permettre à la personne de s’endormir et ne pas se rendre compte qu’elle s’étouffe. La loi Léonetti l’autorise et ce n’est pas de l’euthanasie.

Mais pratiquer une euthanasie, c’est-à-dire faire une piqûre de curare ou une piqûre de chlorure de potassium pour faire mourir quelqu’un tout de suite, on ne pratique pas ça. On utilise des produits qui endorment, on essaye de faire les choses le plus paisiblement possible, mais ça ne marche pas toujours. Malheureusement la médecine n’est pas une science exacte. On évalue, on réfléchit, on essaye d’améliorer au mieux ce que la personne vit même si cela peut entraîner la mort.

Q‑Que pensez vous de l’affaire du médecin de Bayonne ?
R- Attendons de bien analyser les choses — attention aux jugements à l’emporte pièce. On parle de quatre situations, chaque cas est un cas particulier. Que s’est-il passé dans chaque situation, qui sont peut-être complètement différentes ? — Y‑a-t-il une mauvaise entente dans l’équipe ? etc. Des mots comme euthanasie n’ont pas la même signification pour tout le monde, c’est pour cela qu’il faut attendre que la situation soit un peu plus dégrossie.

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