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Octogénaires, nonagénaires, centenaires : continuer à se faire plaisir est vital

Auteur Rédaction

Temps de lecture 3 min

Date de publication 07/05/2012

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« A 90 ans, la courbe des emmerdements devient verticale !» dit Henri Danon-Boileau, ancien psychiatre et psychanalyste de 93 ans, auteur avec Gérard Dedieu-Anglade de Une certaine forme d’obstination : vivre le très grand âge” paru chez Odile Jacob.
« Quand pour vous lever, vous laver, vous habiller, vous avez mal, c’est insupportable », reconnaît-il. L’allongement de la durée de la vie est le signe de superbes avancées médicales, mais s’accompagne aussi de nets désagréments.
Pour les supporter et éviter la dépression, il faut avant tout accepter son âge, continuer d’être bienveillant avec soi-même et continur de se faire plaisir.

Une étude menée auprès de 244 centenaires, par des chercheurs de l’université de Temple, à Philadelphie, révèle qu’un quart d’entre eux souffraient de troubles dépressifs, alors que moins d’un sur dix parmi eux avait fait l’objet d’un iagnostic de dépression. La dépression des personnes âgées est en effet négligée, trop souvent perçue une déprime” normale, liée au refus de vieillir. Beaucoup d’entre elles ne sont pas traitées. En conséquence, le nombre de suicide chez les personnes âgées 85 – 94 ans atteint 44 pour 100 000 (et 34 pour les plus de 95 ans) alors qu’il est de 17,1 dans la population générale, 44 pour les et 38,8 pour les plus de 95 ans [1]. Il y a dix fois plus de suicides chez les hommes de plus de 95 ans que dans le reste de la population. « 
La dépression est liée à l’état de santé. Quand on voit des centenaires qui ne sont pas en très bon état, on a l’impression qu’ils sont en survie. D’autres ont encore la joie de vivre, ils ont des projets », explique Claudine Badey-Rodriguez, psychologue clinicienne et auteure de J’ai décidé de bien vieillir” paru chez Albin Michel

La difficulté à vivre les départs”. Les deuils à répétition sont les plus douloureux que les pertes souvent de l’histoire d’amour de toute une vie. « Plus on avance dans le grand âge, plus l’espace entre le décès du conjoint et son propre décès se raccourcit. Le stress et la souffrance sont tellement importants que certaines personnes n’y résistent pas », affirme Claudine Badey-Rodriguez.
Et, pire que tout la perte d’un enfant. « Perdre un enfant, très âgé ou pas, c’est irréparable », confirme Henri Danon-Boileau co-auteur de Une certaine forme d’obstination : vivre le très grand âge”. Survivre à ses proches fait inévitablement courir le rique de la solitude. Seule une femme de 75 ans et plus sur cinq vit en couple, et 23 % des personnes de plus de 84 ans ont des familles ne comptant qu’une ou deux personnes [2].

Accepter son âge et se sentir utile. Pour bien vivre le grand âge ; il est primordial, vital même de continuer à se faire du bien. Lire un bon polar, tricoter, ramasser des champignons… peu importe, tant que l’on y trouve satisfaction. Des personnes très âgées ont encore beaucoup de joie à simplement être en vie, avoir une conversation avec quelqu’un, admirer un paysage”, souligne Claudine Badey-Rodriguez.
Prendre conscience de ses incapacités et se voir privé de certains plaisirs peut en revanche être difficile à vivre. J’ai beaucoup entendu de personnes dire je ne peux plus rien faire, je ne sers plus à rien, à quoi ça sert que je vive ? ” se souvient la psychologue, qui a pratiqué en maison de retraite.

Le sentiment d’inutilité ressenti est renforcé par la vision communément portée sur les vieux. La société met beaucoup en avant l’activité : à partir du moment où l’on fait moins, on est moins. L’utilité affective n’est pas très valorisée. Dans nos représentations, la vieillesse est quelque chose d’horrible, il n’y a plus de reconnaissance, de valeur donnée à cette période de la vie”, regrette encore Claudine Badey-Rodriguez. 

1‑Centre épidémiologique sur les causes médicales de décès (Inserm), 2009.
2- Enquête du collectif Combattre la solitude menée auprès de 4989 personnes de 60 ans et plus, 2006.

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