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Presse : pas facile de sortir des clichés sur le grand âge. Explications de Bernadette Puijalon, anthropologue

Auteur Rédaction

Temps de lecture 3 min

Date de publication 27/08/2012

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Bernadette Puijalon est anthropologue, maître de conférences Université Paris XII, U.F.R. Sciences de l’Education et Sciences Sociales, responsable du Master professionnel Sciences de la société, Management des organisations, Option gérontologie.
Suite au traitement de lépisode caniculaire dans la presse qui nous a interpellé, nous lui avons demandé son regard sur l’approche des journalistes sur les enjeux du vieillissement, l’impact de la vieillesse. En tant qu’expert, elle est régulièrement sollicitée pour des interviews, des enquêtes, des reportages.
Il faut beaucoup travailler avec eux pour qu’ils passent une frontière” et se passionnent sur ces questions, analyse-t-elle.


Les journalistes entament généralement leurs reportages ou enquêtes sur ces questions à reculons” constate Bernadette Puijalon.
Ils démarrent leur travail la tête farcie de stéréotypes, de clichés renforcés selon moi par les discours des professionnels de la gérontologie sur la dépendance, la fragilité.
Ils abordent les reportages avec une vraie angoisse des images qu’ils vont trouver. Un jour ce sera nous”.

Selon Bernadette Puijalon, le traumatisme des 15 000 morts de la canicule de 2003 reste bien présent dans les médias. Il accentue encore la vision des vieux : forcément fragiles et la culpabilité des proches, sans parler de l’impact systématiquement négatif du traitement de la maladie d’Alzheimer.
Elle pointe que l’année qui a suivi cette catastrophe, l’actualité sur le vieillissement a été marquée par la sortie du livre La dernière leçon” de Noëlle Chatelet sur le suicide de sa mère Mireille Jospin à 92 ans, militante de l’ADMD (Droit de mourir dans la dignité). La presse a salué un ouvrage admirable. Mais dans quel sens ?
L’obligation de ne pas peser sur ses proches s’est renforcée dans les têtes.

Bernadette Puijalon constate aussi que pour parler des vieux, les journalistes se réfèrent souvent à la seule expérience qu’ils ont eux : avec un grand-parent, généralement une grand-mère. D’où le mamie” qui sort souvent dans les commentaires ?

Le discours alterne entre constats, chiffres démographiques, obligations sociales (de prendre soin, de donner à boire…), attendrissements, peurs et compassion.

Passer la frontière
Il faut de l’énergie, de l’investissement dans le sujet, du temps, de nombreuses discussions, des rencontres, des lectures, et … ils passent une frontière”, constate Bernadette Puijalon.
Leur regard change sur les personnes, les services, les lieux d’accueil.
Ils découvrent que, comme à tout âge, toutes les vieilles personnes ne se ressemblent pas. Certes, certaines ont un besoin d’aides important, d’autres, au même âge, sont valides et donnent leurs conseils pour vivre la canicule !
Les regards évoluent aussi sur les professionnels dont les métiers, les services proposés, les environnement techniques… deviennent intéressants voire passionnants à raconter.

Elle note néanmoins un sujet encore trop difficile à aborder : l’isolement des personnes. A leur domicile, en établissement, comment parler de ces journées jugées vides, sans contacts avec d’autres personnes ?

Comment faire évoluer les regards ?
Cela prend du temps, demande beaucoup d’énergie, de volonté personnelle et collective. L’idéal seraient que les générations se croisent, se côtoient, montent des projets ensemble, plus souvent.
Elle parle non pas d’une inter-génération forcée, artificielle, pour la photo” (le cliché des petits enfants de l’école voisine prenant le goûter chez des vieilles dames. Et si elles n’en n’ont pas envie…).
Parmi les initiatives, elle salue le travail de la Fondation Nationale de Gérontologie (FNG) sur ces questions de société et de regard sur le vieillissement et notamment du Prix Chronos de littérature pour la jeunesse qui permets aux très jeunes de se familiariser avec ces questions.
Finalement la vieillesse ce n’est pas un défaut” ! s’est exclamé Arnaud 8 ans, lors d’un Prix Chronos.
Des figures âgées, des artistes âgés vont aussi faire bouger les lignes. L’indigné Stéphane Hessel est presque trop parfait, inatégnable, Bernadette Puijalon pense aussi à Jean-Louis Trintignant, touchant, solide, fragile, complexe… humain.

Ndlr : Retrouvez Bernadette Puijalon en images lors d’un colloque portant sur le thème Bénévolat, citoyenneté et maladie d’Alzheimer : Nous sommes aujourd’hui en panne de réciprocité” (septembre 2011)

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