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A 82 ans, Madame Françoise Madelaine témoigne de l'omerta

Auteur Rédaction

Temps de lecture 2 min

Date de publication 29/10/2012

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Madame Françoise Madelaine a aujourd’hui 82 ans. Elle est en pleine santé et réside dans un foyer logement de la région parisienne, dans lequel elle se sent en sécurité. Pourtant elle dit qu’elle a peur. Peur d’être un jour confrontée impuissante aux situations de maltraitance que des personnes âgées mais aussi des soignants, femmes de ménage ou médecins, ont, sous couvert d’anonymat, accepté de lui confier.

Tout a commencé en 2005. On m’avait demandé pour Géront’expo de témoigner de mon expérience et de ce qui pouvait être amélioré dans les maisons de retraite. J’ai alors estimé que mon seul point de vue n’était ni légitime, ni suffisant. J’ai donc décidé, assez innocemment je le concède, de solliciter via mon réseau de connaissances, des amis d’amis, pour trouver des infirmières, des résidents, des médecins, des femmes de ménage qui accepteraient de témoigner. Je ne me suis pas doutée une seconde de ce que j’allais entendre. Parce que je leur ai promis le secret le plus total.

J’ai alors découvert des choses horribles, un glissement systématique vers la maltraitance. Je ne pouvais pas, en conscience, accepter de me taire.
Il fallait que je parle et fasse savoir ce qu’on avait accepté de me confier.

Je n’oublierai jamais ce Géront’expo. J’étais persuadée qu’on me demanderait de me taire au milieu de mon intervention. Et bien non, pas du tout. Le silence est devenu pesant. On m’a laissée parler jusqu’au bout. Tout le monde a écouté, gêné. Puis rien. Il ne s’est rien passé. J’ai compris alors que tout le monde savait.


J’ai espéré que la situation allait évoluer. Puis sont sortis deux ouvrages : l’Or Gris et On tue les vieux. Plusieurs années après, ils décrivaient les situations dont on m’avait parlées. Rien n’avait donc changé. Le pire pour moi, c’est que ces livres expliquent avec justesse les raisons pour lesquelles rien ne peut changer.
J’ai alors fait le parallèle avec la Protection maternelle et infantile. En 1951, j’ai obtenu mon diplôme d’etat d’infirmière. L’année d’avant, j’avais fait un stage dans un hôpital parisien. J’avais découvert à l’époque qu’on y attachait les enfants. On les changeait quand on avait le temps ou qu’on n’oubliait pas. Etrange coïncidence de traitement.
Aujourd’hui on peut être fier de la manière dont a évolué la prise en charge des enfants : la formation des professionnels est de qualité, les quotas les obligent à un minimum d’encadrement. Tout cela, n’a été rendu possible que par l’adoption d’une loi. Sans elle, rien n’aurait bougé.

Pour les personnes âgées, c’est la même chose. Il faut utiliser la loi pour les protéger.
Les familles qui sont venues se confier à moi, ont exprimé clairement leurs craintes que la situation empire dans le cas où elles dénonceraient les pratiques. Des filles viennent faire manger leur mère dans les établissements, les changer, leur laver les dents, sinon c’est pas ou mal fait. Même les psychologues n’osent se plaindre de peur de perdre leur emploi. Elles subissent l’effet des vacations et ne peuvent risquer de se mettre à dos une institution toute entière.

Et c’est sans parler de l’aspect juridique. Le juge ne peut, paraît-il, pas donner suite à une plainte de tiers. C’est à la personne elle-même de se plaindre… Or les personnes âgées n’ont plus toujours cette volonté.

Voilà. J’ai 82 ans et je ne peux pas me taire. Mais aujourd’hui j’ai peur et j’aimerais qu’on m’entende”.

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