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Entretien avec Marie-Béatrice Levaux, présidente de la Fepem

Auteur Rédaction

Temps de lecture 4 min

Date de publication 25/03/2013

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La société civile fabrique ses propres modèles

Où en est le modèle du particulier employeur que vous défendez depuis vingt ans ?
Marie-Béatrice Levaux - photo fepem-Le particulier employeur c’est aujourd’hui 3,7 millions de personnes qui emploient 1,6 million de professionnels du domicile. 1,1 million de personnes ont besoin de faire garder leurs enfants en bas âge et 1,1 million de personnes âgées ont besoin d’aide à domicile. Le reste, soit 1,5 million de personnes répartissent leur effort financier sur le soutien scolaire, l’aide à l’informatique, le jardinage etc… En tout, 5 millions de personnes s’auto organisent et inventent un modèle social original. 

La FEPEM a toujours eu du mal à faire admettre le particulier employeur comme interlocuteur à part entière par les pouvoirs publics. Est-ce toujours le cas ? 
-Nous sommes depuis vingt ans dans une position paradoxale : le particulier employeur est le modèle dominant du service à domicile, mais cette expression originale de la volonté générale a toujours du mal à être acceptée par les pouvoirs publics. Il est ainsi paradoxal que la Caisse nationale d’assurance vieillesse refuse que les GIR 5 et 6 soient éligibles au modèle du particulier employeur au profit du seul modèle prestataire. Il est non moins paradoxal que la FEPEM ne siège pas au conseil d’administration de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie. Je pourrais vous citer d’autres exemples, mais l’important est que nous ne lâchons pas. C’est un combat permanent. 

Croyez vous que la société civile aura d’autant plus tendance à s’auto-organiser que les caisses de l’Etat sont vides ?
-La société civile fabrique ses propres modèles et l’Etat doit en tenir compte. Les pouvoirs publics ne peuvent pas accompagner 20% de la population sur le modèle qui leur convient alors que 80% de cette même population a opté pour un autre modèle. Le Particulier employeur doit aussi devenir l’expression des politiques publiques. Si les pouvoirs publics optent, dans l’intérêt général, pour un modèle exclusif, ils doivent être capables de le financer. L’exemple des gardes d’enfants illustre le mieux ce paradoxe : si l’Etat avait les moyens de financer des crèches à hauteur des besoins dans tous les départements, les femmes qui travaillent renonceraient à faire garder leurs enfants à domicile. Mais la lutte contre la sédimentation de la pensée institutionnelle fait partie de notre combat.

La Ministre déléguée aux personnes âgées et à l’autonomie, Mme Michèle Delaunay est néanmoins venue à Bordeaux pour découvrir vos projets numériques au service du bien vieillir , n’est-ce pas le signe que les choses évoluent ? 
-Mme Delaunay est sensible aux nouvelles technologies, car elle sait qu’il y a là un enjeu extrêmement important pour l’accompagnement des personnes âgées, à la frontière du sanitaire et du médico social. Nous travaillons sur cinq projets d’accompagnement de l’usage numérique pour les personnes âgées en perte d’autonomie. Il est logique qu’elle s’y intéresse. 
Pourriez-vous nous parler de quelques uns de ces projets ? 
La tablette numérique aura, nous en sommes persuadés, un rôle important dans la mise en relation d’une personne âgée avec sa famille, avec l’assistante de vie à domicile, avec les services de secours en cas d’alerte, avec le suivi par le médecin traitant… La téléassistance telle que nous la connaissons aujourd’hui a vécu parce qu’il s’agit d’un service unidirectionnel. La tablette en revanche organise des échanges. Une assistante de vie à domicile pourra très bien veiller à distance à ce que plusieurs personnes âgées dont elle a la charge aient bien pris leurs médicaments. Elle sera d’ailleurs aidée en cela au fur et à mesure de la diffusion des piluliers intelligents : ces outils – un autre de nos projets — vérifient que la prise de médicaments a eu lieu et qu’elle ne peut pas être répétée en raison d’un oubli par la personne âgée. La mauvaise prise de médicaments est le second facteur d’hospitalisation des personnes âgées après les chutes. Mais des médicaments mal pris ou pris en trop grand nombre par erreur sont aussi générateurs de chutes. 

Les nouvelles technologies donnent-t-elles plus de contrôle à la personne âgée sur qui vient à son domicile ? 
-Elles joueront un rôle croissant dans la sécurité, la santé, le travail à domicile. Les nouvelles technologies – je ne parle pas ici du robot de compagnie – aident déjà à reconfigurer la vie à domicile. L’assistante de vie à domicile pourra être jointe plus rapidement, elle pourra expliquer et rassurer à distance, elle aidera la personne âgée dont elle a la charge à ce que des spécialistes (kiné, ergothérapeute, infirmière…) viennent à domicile sans que cela soit perçu comme une intrusion, sans que cela contribue à la désorientation d’une personne qui vit désormais chez elle presque sans sortir. Si la FEPEM accompagne les nouvelles technologies c’est pour que le domicile demeure cet endroit spécifique oùu chacun pourra continuer à vivre en toute sécurité. Parallèlement, les nouvelles technologies vont contribuer à valoriser les métiers du domicile. Aide ménagère et assistante de vie à domicile ce n’est pas tout à fait la même chose. 
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