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Etre aidant, être aidé

A voir : Une vie démente

Auteur Guillaume Vonthron

Temps de lecture 3 min

Date de publication 22/11/2021

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Tout commence par des oublis a priori anodins, puis des comportements de plus en plus étranges font leur apparition et la spirale Alzheimer s’enclenche un peu plus. Une vie démente trace le parcours d’Alex qui, découvrant que sa mère Suzanne est atteinte d’une démence sémantique, va voir sa vie basculer.

Alex et Noémie forment un couple heureux et envisage de fonder une famille jusqu’au jour où la maladie d’Alzheimer de Suzanne entre dans leur vie et vient bouleverser leurs plans. 

Tout commence par de petits signes, des oublis, des attitudes bizarres mais sans gravité. Des signes qu’Alex refuse de considérer dans un premier temps, se convainquant que sa mère, directrice d’un centre d’art, est juste dans une mauvaise phase.

Elle a toujours été bizarre ma mère. Peut-être qu’elle est habitée par un truc en ce moment, qui la travaille, elle a sans doute une expo de prévue.

Un jour, il découvre que Suzanne est à découvert sur tous ces comptes bancaires et réalise qu’il y a quelque chose qui cloche. 

Le couperet tombe : Suzanne souffre d’une démence sémantique, forme d’Alzheimer.

Alex et Noémie s’improvise alors aidants aux dépens de leurs propres vies.

C’est comme si, parce que ta mère est malade, on était obligé de tout vivre de manière lourde et qu’on n’avait pas le droit de s’amuser, qu’on n’avait pas le doit de vivre en fait.”

Au fil du temps, Noémie finit par ne plus supporter son compagnon, qui n’accepte toujours pas de voir sa mère décliner et s’investit dans son nouveau rôle au détriment de sa relation de couple.

L’Abécédaire de l’aidance

Si le soutien de Kevin, aide à domicile à temps plein, semble soulager le couple, le comportement d’Alex se dégrade à son tour, devant irritable, parfois agressif et ne trouve de solutions qu’au travers la contention et les neuroleptiques. 

Contrairement à l’excellent The Father, la maladie d’Alzheimer est ici perçue à travers le regard de l’entourage. Une vie démente est un film sur l’aidance et plus précisément sur la nécessité pour les proches d’accepter le déclin de son proche, sans être dans le déni de la maladie. 

Le salut du couple passera par cette étape. Alex comprend peu à peu que ni l’enfermement, ni les médicaments, ni porter un casque pour ne plus entendre les jérémiades de sa mère ne constituent des solutions viables pour Suzanne, ni pour lui et son couple. C’est en écoutant son entourage, en prenant du recul sur sa situation et en participant à des activités avec sa mère (en organisant une exposition avec elle dans le jardin), qu’Alex réussit finalement à reprendre le contrôle de sa vie et à comprendre comment aider réellement Suzanne.

Sans jamais sombrer dans le pathos, Une vie démente dépeint, avec autant de légèreté que de vérité, le parcours initiatique d’un aidant. Le film raconte comment on s’improvise aidant du jour au lendemain et surtout, offre des pistes de réflexion pour accepter ce nouveau rôle.

Les réalisateurs belges Ann Sirot et Raphaël Balboni proposent ici un film outil pour les aidants mais aussi un formidable coup de projecteur sur la réalité du quotidien de ces 11 millions de personnes qui accompagnent, chaque jour dans l’ombre, une personne en perte d’autonomie.

Loin de tout fatalisme, Une vie démente aborde des sujets délicats avec sensibilité, poésie et s’apparente comme une œuvre essentielle pour comprendre la réalité quotidienne d’un aidant.

Une vie démente
D’Ann Sirot et Raphaël Balboni
Arizona Distribution
1h 27min — en salle depuis le 10 novembre

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