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Covid-19 : les résidents d'Ehpad sont-ils prêts à se faire vacciner ?

Auteur Raphaëlle Murignieux

Temps de lecture 4 min

Date de publication 24/12/2020

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Et comment s’assurer du consentement des personnes souffrant de troubles cognitifs ?

Prioritaires pour être vaccinés contre le covid-19, les résidents d’Ehpad sont-ils prêts à franchir le pas ? Qu’attendent-ils de la campagne de vaccination qui doit théoriquement démarrer le 27 décembre, alors que le vaccin Pfizer-BioNTech vient tout juste d’être autorisé par l’Europe ? Et comment s’assurer qu’ils donneront leur consentement, le cas échéant, de manière libre et éclairée ? Piste de réponses.

Directrice du groupe hospitalier de Loos-Haubourdin dans le Nord, Séverine Laboue gère deux établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. A l’annonce de la priorité donnée aux résidents de maison de retraite pour être vaccinés en janvier, elle a interrogé les habitants des deux maisons.

Et les résultats sont très disparates d’un Ehpad à l’autre. A la résidence Jean de Luxembourg, 75 % des votants sont pour, mais seulement 31 % à la résidence Les Magnolias.

Parmi les motifs de refus, certains sont contre le vaccin, d’autres préfèrent attendre de voir l’efficacité, d’autres encore ont peur d’avoir mal ou de subir des effets secondaires.

A titre de comparaison, 53 % des Français auraient l’intention de se faire vacciner contre le covid-19, de même que 55 % des infirmiers et 80 % des médecins généralistes et des pharmaciens, indique Santé publique France.

A Loos-Haubourdin, la directrice note également qu’une partie des résidents n’est pas en capacité de s’exprimer, comme ceux de l’unité d’hébergement renforcé (UHR).

Or légalement, les médecins et les infirmiers qui pratiqueront les injections doivent s’assurer que les personnes sont consentantes. Les représentants des directeurs d’Ehpad souhaitent que ce consentement soit écrit.

Consentement et troubles cognitifs

Mais que faire pour les personnes qui ne sont pas en mesure d’exprimer leur volonté ? Aujourd’hui, seul le tuteur d’un majeur protégé peut donner (ou non) ce consentement à sa place.

La personne de confiance ne peut pas prendre cette décision : elle a pour rôle de témoigner de ce que le résident aurait souhaité s’il avait pu s’exprimer.

Or une minorité de résidents d’Ehpad sont placés sous tutelle, alors que 40 à 60 % d’entre eux souffriraient de troubles cognitifs, rendant le recueil du consentement difficile.

Dans une tribune parue ce lundi 21 décembre, Claude Jeandel, Dominique Monneron, et Roger-Pol Droit (Fondation Partage & Vie) évoquent même « des troubles de la cohérence (…) chez près de 80 % des résidents ».

Alors que faire ? Les associations de directeurs d’Ehpad voudraient un décret donnant légalement le droit à la personne de confiance à consentir ou non à la vaccination anti-covid.

La Fédération nationale des amis des personnes âgées et de leurs familles (FNAPAEF) estime quant à elle que « la recherche du consentement doit être adaptée à l’aptitude de la personne âgée à consentir et demande qu’elle s’effectue en présence d’un tiers (personne de confiance, tuteur ou curateur s’il est habilité à intervenir dans les décisions relatives à la santé par le juge aux affaires familiales, un membre de la famille). »

L’ancienne ministre des personnes âgées Michèle Delaunay propose que seul le refus de vaccination soit recueilli par écrit.

Pas de consentement libre et éclairé sans information loyale, claire et appropriée

Dans tous les cas, il faudra dispenser aux résidents et à leurs représentants une information claire, fiable et précise, sans quoi le consentement ne peut être ni libre ni éclairé.

La Confédération française des retraités demande ainsi « aux pouvoirs publics de communiquer de façon adaptée et compréhensible par le plus grand nombre des citoyens, afin de favoriser l’accès le plus large possible à la vaccination ».

Dans un avis rendu public ce lundi 21 décembre, le Comité consultatif national d’éthique pour les sciences de la vie et de la santé, saisi par le ministère des Solidarités et de la Santé, appelle à « faire preuve de vigilance dans le processus de recueil du consentement à la vaccination des personnes vulnérables. Le temps imparti à la délivrance de l’information et à son appropriation par la personne doit être respecté, quel que soit le contexte d’urgence. L’effectivité de ce processus doit pouvoir être tracé ».

Maintenant que le vaccin de Pfizer-BioNTech, celui qui sera utilisé en France, vient tout juste d’être approuvé par l’Agence européenne des médicaments ce 21 décembre, les professionnels disposent de tous les éléments nécessaires pour communiquer sur la vaccination.

En attendant ce feu vert, les professionnels des Ehpad avaient déjà commencé à préparer la campagne comme ici à l’Ehpad Péan (Paris 13), où médecins et infirmières se sont réunis en commission gériatrique avec les médecins traitants des résidents et un infectiologue, afin de partager les connaissances et d’être mieux à même de répondre aux questions des résidents et de leurs familles.

Ré-écoutez aussi l’émission Le Téléphone Sonne” de France Inter de ce 16 décembre sur les fêtes de fin d’année en Ehpad et sur la vaccination avec Annie de Vivie, fondatrice d’Agevillage et directrice des formations Humanitude.

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