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Bien vieillir (prendre soin de soi)

Covid-19 : quel intérêt d’opposer les jeunes et les vieux ?

Auteur Annie De Vivie

Temps de lecture 3 min

Date de publication 22/02/2021

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Du philosophe André Comte-Sponville à François de Closets en passant par de nombreux témoignages des jeunes générations sur les réseaux sociaux, le poison de l’âgisme se répand : pourquoi « sacrifier les jeunes à la santé des vieux » ?

Or les plus âgés sont les premières victimes du virus mais aussi les plus impactées par le confinement : 5,7 millions de personnes âgées ont ressenti de la solitude pendant le 1er confinement, selon une étude des Petits Frères des Pauvres réalisée en juin 2020.

Pourquoi les désigner responsables de la situation et du malheur des jeunes ?

Désigner les vieilles personnes fragiles comme des bouc émissaire est une erreur estime le Dr Piccoli, de l’association des jeunes gériatres, lors de son intervention à l’Espace Ethique le 9 février dernier. La vaccination vers les plus âgés fragilisés est une priorisation pas un sacrifice, ni un privilège. Et obliger uniquement les plus âgés à se confiner n’aura pas l’impact escompté. 

On le voit : nous sommes tous imprégnés de cet âgisme délétère.

56 % des Français craignent un conflit des générations entre jeunes et personnes âgées selon une enquête Odoxa / Cercle Vulnérabilités et Société, paru ce 16 février.

Les jeunes (1834 ans) ont un vécu négatif plus marqué encore que les plus vieux (+ 65 ans). Ils souffrent d’une détérioration des relations sociales (66 % des 18 – 34 ans contre 48 % des plus de 65 ans). Les Petits Frères des pauvres mesurent des chiffres équivalents : 720 000 personnes âgées n’avaient eu aucun contact avec leur famille durant le premier confinement et 650 000 personnes âgées n’avaient trouvé personne à qui parler. Enfin, pour 41 % des personnes âgées, le confinement avait eu un impact négatif sur leur santé morale. 

On le voit ces souffrances s’additionnent, se multiplient : celles des jeunes, celles des plus vieux (qui souffrent de voir les conséquences de la crise économique que les jeunes), celles des proches aidants et aussi celles des professionnels qui les accompagnent.

Quel intérêt y a‑t-il à opposer les générations ?

Est-ce que cette guerre des générations” aboutirait à un vainqueur reconnu, satisfait ? Est-ce qu’elle mettrait un terme aux souffrances des uns et des autres ? 

A mon avis : non.

Ce combat ne va faire que des victimes
… hormis l’ego de certaines personnalités médiatiques.

Au lieu d’avancer et de sortir de la crise par le haut, ces propos ne font qu’attiser les méconnaissances, les malentendus. Ainsi dans le sondage Odoxa/​Cercle Vulnérabilités et Société : 70 % des plus âgés estiment que les jeunes ne se rendent pas compte des difficultés qu’elles rencontrent depuis le début de la crise sanitaire.

Or ce virus est là. Il nous nargue. Il nous pousse à déployer de nouvelles stratégies pour éviter un reconfinement généralisé comme des auto-isolements ciblés pour les plus fragiles, un pass pour les visites en Ehpad, une vaccination renforcée…

Il nous pousse à soutenir encore plus les proches aidants en 2021, à déployer de nouvelles initiatives pour vieillir chez soi, à activer des pistes pour faire face à l’angoisse, à lire les conseils positifs de gériatre et mieux comprendre les enjeux du vieillissement pour les nuls !

Le virus nous invite à un combat commun : resserrer les liens des générations qui ont plus intérêt à s’entraider qu’à s’affronter. Nous avons TOUS intérêt à pousser nos décideurs à inventer de nouvelles formes de prise de décisions impliquant l’ensemble des acteurs, pour produire des mesures acceptables pour chacun, conclut le Cercle des Vulnérabilités. Face à une démocratie confinée : l’éthique quoi qu’il en coûte ajoute le Pr. Emmanuel Hirsch dans son dernier ouvrage.

Bénévolats, soutiens, confiances réciproques, inclusives, citoyennes… les initiatives de terrain se multiplient face aux souffrances, aux besoins, aux envies de liens. Elles viennent faire mentir les Cassandre.

Donnons leur de l’écho pour nous aider, tous, à vivre et vieillir debout, jusqu’au bout, malgré tout !

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