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Vieillir ici, venir d'ailleurs : quel accompagnement pour les personnes âgées d'origine étrangère ? - Bonnes pratiques de terrain

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Bonnes pratiques de terrain

Le 21 juin, le Bistrot mémoire consacrait la deuxième journée de son colloque biennal aux enjeux et aux bonnes pratiques d’accompagnement de la population âgée issue de l’immigration.


Plus que les autres, les personnes âgées immigrées sont exposées aux difficultés associées à l’avancée en âge.

Pour des raisons culturelles d’abord : en Afrique, au Maghreb, la famille joue un rôle primordial au grand âge. « Il est extrêmement rare de mettre un parent à l’écart », a ainsi témoigné Nadia, née en Algérie. Le sociologue Moncef Labidi, qui vient de Tunisie, acquiesce : « les enfants sont la sécurité sociale des parents ! »


Venus pour travailler en France des dizaines d’années auparavant, ces personnes âgées issues de l’immigration se retrouvent souvent isolées, coupées de leur famille. Certains hommes vivent encore en foyer de travailleurs – ce qui ne facilite pas l’accès aux droits ni aux dispositifs dédiés –, et ont renoncé au retour pour vivre leur vieillesse en terre d’immigration, un déchirement pour beaucoup.

Surtout quand le grand âge arrive, la perspective de la mort : où vais-je mourir ? Que faire de ma dépouille ? Où doit être ma sépulture ?

Pour Moncef Labidi, il est essentiel que les dispositifs de droit commun fassent de la place pour ce public.

Il n’existe en effet aucune aide de la Carsat ou de la Ville pour le rapatriement des corps, souligne Fatimata Hamey-Warou : nombre d’immigrés âgés cotisent donc à une assurance supplémentaire dédiée.

En attendant, différentes initiatives ont vu le jour, à Rennes ou à Paris.

Aller à la rencontre de l’autre


Le Bistrot mémoire rennais a ainsi lancé depuis quelques mois une version nomade de ses rencontres pour les malades d’Alzheimer et leurs aidants.

En se déplaçant dans le quartier populaire de Beauregard, l’association touche ainsi un autre public. Il a fallu adapter le cadre, faciliter la mise à confiance pour que la rencontre se fasse, explique Samya Cidère, la présidente de l’association.

En parallèle, des liens ont été tissés avec le collège du quartier, pour sensibiliser un public toujours plus large.

De la convivialité à l’accès aux droits

Moncef Labidi est quant à lui à l’origine de la création de l’association Ayyem Zamen (Le bon vieux temps) et de son café social, à Belleville (Paris). Ici, depuis 15 ans, les Chibanis se retrouve dans une ambiance conviviale. Puis les femmes sont venues, discrètement d’abord, pour participer aux consultations sociales.

« Elles ont fait remonter des difficultés inquiétantes qui nous ont conduit à mettre en place un accompagnement spécifique, avec une IDE à mi-temps », indique Moncef Labidi.

Peu à peu, l’action du café s’est élargie : retour vers le parcours de soins, création de domiciles partagés… même s’il reste toujours un lieu de lien social, convivial, beau et agréable, « par éthique de l’accueil ».

La parole comme outil citoyen


Fatimata Hamey-Warou, professeure au Niger puis en France, a lancé l’Arbre à palabres il y a plus de dix ans. Un lieu d’échanges interculturel, décliné en ville et en Ehpad pour inclure autant que possible.

Son objectif est de donner la parole, pour soutenir la participation citoyenne des personnes âgées issues de l’immigration.

Un espace laïc, mais où la question religieuse n’est pas éludée : « nous organisons un Noël interculturel, une fête de l’Aïd interculturelle, où tout le monde vient en costumes traditionnels, africains comme bretons ».

Pour la présidente de l’association, la religion n’est pas un obstacle au vivre ensemble, il suffi de créer les conditions de la rencontre, entre des personnes « qui se sont souvent côtoyées longtemps sans même se dire bonjour ».

Si le lien social apparaît comme un besoin primordial pour les personnes âgées immigrées, il conctitue aussi un levier de choix pour alléger les difficultés spécifiques de ces populations… à condition de penser des espaces, physiques et symboliques, ouverts et adaptés.

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