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Méthode S.I.M.P.L.E pour situations complexes - Démarche opérationnelle, concrète, pluriprofessionnelle au coeur des paradoxes et injonctions : qualité des soins et contraintes budgétaires

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Démarche opérationnelle, concrète, pluriprofessionnelle au coeur des paradoxes et injonctions : qualité des soins et contraintes budgétaires


La permanence d’accès aux soins de santé (Pass) de l’hôpital Saint-Louis à Paris emmenée par le Dr Claire Georges, organisait ce 28 janvier dans l’étonnant Musée des Moulages une conférence débat sur l’aide à la décision en situation complexe : l’équipe expérimente depuis quelques années la méthode S.I.M.P.L.E. Explications.




Réalités paradoxales

Face aux situations complexes de santé comme les polypathologies, les vulnérabilités sociales (isolement, problèmes de revenus, non couverture sociale, barrière de la langue), la réponse d’un seul professionnel de santé, en l’occurrence un médecin, aux urgences, ne suffit pas. Par ailleurs, les établissements de santé sont soumis à de fortes contraintes financières qui peuvent s’aggraver avec des factures impayées dont les chiffres montent en centaines de milliers d’euros par personne soignée parfois.

Pour autant, les soignants veulent soigner, au risque de s’épuiser.

Ces réalités paradoxales se vivent au niveau micro (dans l’unité de soin, dans la relation soignant/​soigné), au niveau meso (dans l’établissement, le service) et au niveau macro (dans le système politique de santé).

Prime à la grabatisation au lieu d’investir aujourd’hui pour économiser demain

La tarification à l’activité (T2A) ne valorise pas les dépenses évitées. Cette tarification incite à chercher à facturer, à réaliser le plus d’actes possibles, les plus rentables. Cette dynamique n’incite pas à se poser pour interroger les pratiques, pour analyser des situations qui pourtant pourraient faire gagner un temps précieux et des ressources si elles avaient pu être analysées collectivement et tracées.

Au plus tôt, tous ensemble : explication de la méthode S.I.M.P.L.E

S pour systémique, pour une vision globale de la situation. C’est un pré-requis explique Dr Georges, même s’il n’est pas facile (au départ) de s’organiser pour ces réunions où chacun donne sa vision et active l’intelligence collective : voir la fable des 6 aveugles et de l’éléphant.

I comme immédiat, au plus tôt, sans laisser trainer la situation, sans tarder, ce qui demande de la disponibilité, de la réactivité des équipes.

M comme motivation : la démarche invite à interroger Quelle est votre demande ?” avant de foncer tête baissée. Quelle est la demande du patient ? Qu’attend-il des soins ?

L’expérience montre qu’il s’agit de lever les présupposés sur les demandes du patient, vers la présentation de pistes de réponses médicales ou non et choix plus libre et éclairé (et non une prise en soin imposée en mode paternaliste).

La démarche invite à interroger aussi la motivation du soignant, sa part d’affectivité. Ce questionnement permet de prendre du recul quant aux demandes exigeantes, urgentes, qui alourdissent la charge mentale personnelle du soignant.

P pour pluriprofessionnel, tous ensemble, avec un temps de parole pour chacun (professionnels médicaux, paramédicaux, sociaux, administratif, financier), une écoute obligatoire du regard de l’autre, et donc un partage de connaissances vers un collectif apprenant. Cette démarche demande un effort d’attention et l’acceptation d’un processus de décision délibératif, volontaire, maitrisé et peut être plus lent qu’un mode de décision spontané, automatique.

L’engagement des professionnels est progressif, au fil des réunions et de leur efficacité… ou non. La décision, la proposition finale est portée par le collectif et non plus par un soignant souvent trop seul.

L pour Logistique, pour le lieu (à proximité ou à distance), l’organisation formelle, l’installation d’une communication simple, claire et le temps nécessaire à ces rencontres avec à l’issue un compte-rendu daté et partagé au sein de l’équipe voire avec d’autres équipes de soin.

E pour échanges avec une égalité de temps de parole de chaque participant ayant le même poids. La méthode demande de sécuriser la prise de parole en toute confiance. Enfin les conclusions seront expliquées et discutées avec le patient lui-même. De l’intérêt de la règle, insiste le sociologue Michel Foudriat. Elle contraint mais aussi elle protège les acteurs et libère la parole, les idées, les énergies.

Coût de la transition vers l’installation de la méthode dans le fonctionnement institutionnel

En ce début 2020, la méthode S.I.M.P.L.E est encore en expérimentation à l’hôpital Saint-Louis et fonctionne surtout par la motivation des promoteurs et des participants. Elle demande un coût d’installation, de mise en oeuvre et aussi un coût d’ajustement personnel entre la réponse idéalisée et le résultat obtenu.

Mais face à la complexité actuelle et future, face aux tensions, aux conflits, impossible de poursuivre en mode segmenté sans compter sur l’intelligence collective.

Cette méthode permet de proposer des réponses qui tentent d’allier des réalités et des intérêts à priori inconciliables.

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