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La musicothérapie - De la musicothérapie

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De la musicothérapie

Les lignes qui suivent sont partiellement issues d’une réflexion dédiée à des soignants auprès de personnes âgées, lors d’une session de formation. Ce texte bref et succinct se veut une sorte ” d’explicatif ” des quelques éléments et du dispositif mis en place en musicothérapie. Pour ce faire, trois thèmes sont proposés : 

Une observation du quotidien… Un regard attentif offert à chaque jour…

De manière paradoxale, la musicothérapie rime avant tout avec une observation silencieuse. Observation relative à la globalité de la personne : sa façon de se présenter, tout autant que la fatigue affichée sur son visage ou bien déjà la chanson qu’elle fredonne. Voire encore sa marche dans le couloir pour rejoindre la salle de musique”.

Observation du geste, du son qui en découle. Observation du mouvement musical d’un geste sans autre production sonore… Car tout geste est potentiellement une sonorité et inversement tout son, un geste potentiel. Sonorité qui peut être isolée ou liée à d’autres sonorités formant le début d’une phrase, d’un mouvement, du chant” singulier de la personne. 

Observation et écoute du musicothérapeute

D’emblée nous nous situons dans une observation-perception de l’autre considéré dans son entièreté” pour l’instant concerné, et cela du lieu de l’entièreté” du musicothérapeute ici et maintenant.

On peut déjà dire que cette observation-perception du résident se situe (avant même que la séance n’ait commencé), dans un des espaces propres à la musicothérapie : l’espace non-verbal.

L’espace non-verbal

En effet, chez les personnes âgées atteintes de troubles cognitifs, les pans affectifs et pulsionnels vont être prédominants.

La dégradation de la pensée, l’érosion, voire la disparition du langage verbal vont laisser place au langage corporel et émotionnel. Soit le langage analogique.

Toutefois, le patient âgé reste également doué d’acte relationnel, social, créatif, sensoriel. Il est et reste être de langage, même si ce langage n’est plus celui de notre code verbal “.

Ainsi, par exemple, une personne arrive en séance de musicothérapie, s’assoie, prend un instrument sur la table devant elle… et commence à jouer.Toute cette série de gestes jusqu’à la façon de prendre un tambourin peut être une indication pour le musicothérapeute d’une expression globale à apprécier pour le moment concerné, une possible communication de la personne.

Nous sommes essentiellement les gestes, les mouvements que nous faisons et il y a de multiples partitions” du corps en mouvement. Celles-ci sont à apprécier dans le temps où elles se vivent, qui plus est en interaction avec d’autres manières d’être tout aussi singulières. Dans ce contexte non-verbal, elles peuvent être une tentative d’expression.


L’expression corporelle

Nous savons combien notre corps s’exprime ! En conscience ou à notre insu, autant sinon davantage, que le langage parlé ?

Même réduite, l’éloquence du corps est toujours perceptible mais non pour autant traduisible. Tout comme l’expression verbale, l’expression corporelle (gestuelle et sonore) de la personne ne peut être minimisée ni interprétée de manière définitive, au risque de la figer. En effet notre appréciation du chant” singulier du résident varie selon les jours, comme varie ce chant” lui-même. Nous sommes dans le variant avec un corps, puisqu’il grandit jusqu’à mourir”.

Tous les jours, il y a une modification, et en même temps les fonctions sont répétitives. C’est pourquoi l’appréhension ne peut être que fragile et sensible” .Il s’agit bien d’entendre, de sentir, en un mot d’être disponible à ce qui est.

Ainsi, et peut-être seulement ainsi, pourront être perçus la condition psychique et physique de la personne, les reflets dynamiques ou apathiques du corps, les enjeux colorés” d’un désir et, bien sûr, la présence ou non d’une communication latente.

Toute observation est importante que les résidents aient accès ou non à la parole. En effet, dans l’espace non-verbal celle-ci n’est pas exclue mais est appréhendée avec ses paramètres sonores/​musicaux avant sa signification symbolique”.

Observation à renouveler à chaque rencontre pour que soit réactualisé le chant” journalier de la personne. Les changements, les variations sont infimes, presque imperceptibles parfois, mais, de fait, ils sont.

Cette attention aux signes manifestés par les personnes que nous avons en charge d’aider, exige une présence pleine et entière du musicothérapeute. Elle s’acquiert avec le temps, une disponibilité et un respect de tous les instants, loin de toute systématisation interprétative du psychisme.

Cette première écoute communicative requiert patience et silence. Enfin, d’accepter que selon les jours nous ne soyons pas pleinement disponibles à cette perception ?

Ainsi l’observation attentive du résident dans sa globalité se poursuit-elle pendant la séance de musicothérapie. L’attention sera portée, par exemple, à :

  • Ses liés et ses déliés (liens et dé/​liens) : le chant général s’écoule-t-il ou a‑t-il des ruptures, des arrêts brefs ou prolongés, des blancs, des silences ?
  • Ses rythmes (le moteur corporel) : comment s’organise la succession rythmique, de quelle façon est-elle habitée ” par la personne ? De quelle restitution et reproduction rythmique est-elle capable” corporellement et vocalement ? De quelle façon s’inscrit la notion de temps ? Quelle raideur gestuelle, quels sont les appuis ou légèretés du corps ?
  • Quel autre élément extérieur ce chant” singulier et personnel peut-il accepter ?

L’objectif principal en musicothérapie est l’enjeu de la communication, ou formulé en des termes plus théoriques, l’ouverture des canaux de communication “.

Le complexe son — être humain”

Ainsi le complexe son — être humain ” décrit par Rolando Benenzon est l’objet d’étude de la musicothérapie. Ce complexe est constitué de tous les éléments produisant des stimuli sonores, qu’ils proviennent du corps humain, de l’environnement, des instruments de musique ou des éléments constitutifs musicaux (rythme, mélodie, harmonie, mouvement et danse ?).

La réaction psychologique et la réponse qui la traduit (motrice, sensitive ou organique, cri, pleurs, chant ?) sont également à prendre en compte.

On peut constater que la musique n’est pas le seul élément intervenant en musicothérapie mais bien, avec elle, le large éventail de la matière sonore (son, bruit interne ou externe) ainsi que le mouvement qui peut, tour à tour, traduire un son ou bien l’initier, l’engendrer. Le monde sonore (incluant tous les éléments musicaux et instrumentaux mais également les sons corporels et les bruits) va être le médiateur entre la personne et le musicothérapeute.

Benenzon s’appuyant sur les travaux de Winicott évoque un objet intermédiaire, capable d’agir thérapeutiquement sur le patient au moyen de la relation sans libérer des états d’alarme intenses”.

Je préciserai ici qu’en service de gériatrie l’utilisation du sonore-musical s’intègre dans un projet de mieux être de la personne âgée, d’estime de soi et des autres. Dans cette perspective d’aide relationnelle, la musique sera une moyen favorisant l’échange, l’écoute et l’expression, la communication.

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Cadre de la séance

Le lieu

Autant que faire se peut la pièce de musicothérapie doit être à l’abri des oreilles extérieures ! Chaque participant doit être libre d’émettre n’importe quel son sans crainte d’être entendu à l’extérieur (lequel son, pris hors contexte, peut être diversement interprété). Un mauvais isolement phonique peut gêner les participants autant que ce qui s’y déroule par la présence, voire l’intrusion de sons extérieurs, à la séance.


Les instruments

En gériatrie une certaine prudence doit être observée quant aux objets utilisés, afin de ne pas induire chez les résidents le sentiment d’un retour au jeu enfantin.

Il en est de même quant aux protocoles de jeu proposés.

Les instruments musicaux doivent être d’une utilisation et d’un maniement simples et posséder un développement sonore puissant tourné vers l’extérieur et non vers l’intérieur. Tous pouvant être utilisés sans connaissance musicale.

Deux points sont à préciser : pas plus pour les objets que pour les instruments un mode de jeu n’est à imposer. L’exploration tant gestuelle que sonore peut être très éloignée des utilisations classiques” et, par là même, de la gestuelle et du son habituels ou ordinairement codés.

Par ailleurs, et il faut insister : il est essentiel de considérer le corps dans sa globalité, comme étant le premier instrument. Les mains, les pieds, les cuisses et bien sûr la voix, constituent notre première batterie” sonore et communicative, voire musicale.

De même que, à aucun moment, nous ne nous situons dans un apprentissage, une leçon de musique, pas davantage, une belle” musique ou un beau” son ne sont attendus par le musicothérapeute. L’enjeu premier étant l’expression de la personne âgée, grâce au sonore, sans jugement qualitatif quant à celui-ci.


L’écoute

La distinction entre musicothérapie active (tout ce qui concerne le jeu corporel et instrumental) et musicothérapie passive (l’écoute de musiques enregistrées) tend à disparaître et à s’harmoniser davantage. Car, qui peut encore dire qu’écouter de la musique c’est être passif ?

Pierre Schaeffer a établi dans son travail de recherche en musique concrète, quatre niveaux d’écoute, à savoir : écouter, ouïr, entendre, comprendre.

Ces quatre modes peuvent se résumer à je vous ai ouï malgré moi, bien que je n’aie pas écouté à la porte, mais je n’ai pas compris ce que j’ai entendu”.

Qu’en est-il de l’écoute pour les résidents ? Mme M. (atteinte d’une maladie d’Alzheimer, ne dispose plus du langage verbal) entreprend une vaste et ample danse des bras et des mains avec un bercement de la tête sur une musique de didjeridoo australien.

Telle autre se lève de son fauteuil, s’appuie sur les accoudoirs et danse en pliant les genoux au rythme d’une musique d’accordéon.

Une autre se met à chanter sur une chanson qu’elle reconnaît (première séance de musicothérapie) alors qu’en début de séance elle avait refusé cette possibilité, affirmant je ne chante plus depuis que mon mari est mort”.

Mme M‑A dont le langage est inintelligible me fait comprendre par le regard et un geste de la main que telle musique d’opéra ne lui plaît pas.

L’écoute musicale n’est pas une mais plurielle. En témoignent les préférences musicales, voire les multiples écoutes possibles de la musique.

En musicothérapie, cette écoute musicale permet aux résidents différents modes d’expression. Ainsi :

- Le choix d’un morceau particulier. Un désir de réécouter expriment-ils un intérêt.
- La réactualisation d’un souvenir. Un extrait sonore évoquant l’eau (rivière et ruisseau) réveille, par exemple, chez Mme L. le souvenir des parties de pêche en barque avec son père lorsqu’elle était enfant. Cela, raconté très en détail, suscite chez les autres membres du groupe une histoire personnelle relative à cet élément. Ces souvenirs, partagés de façon très inhabituelle et émouvante, n’ont été à aucun moment empreints de tristesse ou de nostalgie.
- La communication verbale et non verbale.
- L’émotion et le partage (vécus en groupe), liés à l’oeuvre musicale, sont souvent exprimés par des sourires, acquiescement, tapotement, regard, paupières qui clignotent… Nous nous situons là dans le registre corporel décrit au début de ces pages. Il est parfois étonnant de constater combien cette communication corporelle est limpide en comparaison du discours verbal incohérent.

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Apport de la musicothérapie pour les personnes âgées

Au terme d’une présentation dont la brièveté ne peut pas vraiment rendre compte de la complexité des enjeux, nous aimerions souligner les apports de la musicothérapie pour les personnes âgées.

En quoi cette pratique nous semble-t-elle d’une importance fondamentale ? Par la mise en jeu de la globalité de la personne (jeu sonore, musical, mouvement, jeu instrumental ainsi que les diverses possibilités vocales et corporelles), elle favorise un ancrage temporel contrecarrant dans l’ici et maintenant les troubles de la désorientation.

Elle favorise au sein du groupe une relative reconnaissance des uns par les autres et une réelle interaction verbale ou non-verbale (par exemple : Bonjour !, des propos échangés, des histoires prises en relais…).

Elle permet l’accès à une certaine forme de plaisir auquel les résidents ne sont pas accoutumés et qui provoquent aussi bien des résistances (dont il faut tenir compte) que des dépassements de certains blocages ou inhibitions (dont on se réjouira !).

Elle procure à ces résidents une forme de repère qui ne se reconnaît que dans l’ici et maintenant. S’il y a souvent amnésie d’une séance à l’autre, une fois dans la salle les repères se retrouvent. Cadre, instruments et présence du même musicothérapeute sont les éléments propices à cette construction de l’instant.

En bref, une respiration est donnée au groupe et, par là même, à chacun des participants.

La prise en compte de la personne âgée dans son présent et son entièreté” également dans son écoute sont de précieux alliés pour la communication sonore et musicale, pour l’aide relationnelle, pour vivre et sourire…

Pour conclusion, je désire citer les termes de Gérard Ducourneau à propos de la musicothérapie, lesquels s’adaptent de façon si sensible à l’enjeu relationnel auprès des personnes âgées : il ne s’agit pas ici de soigner une maladie grave ou de faire des interprétations, il s’agit de goût de vivre, de mieux-être, d’aide à vivre…”.
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