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Sexualité & intimité

S'aimer jusqu'au bout de la vie

Temps de lecture 5 min

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Amour et sexualité ne disparaissent pas avec l'âge... Et il n'y a pas que pour la Saint-Valentin que la question de la sexualité des personnes âgées doit être audible. Les études épidémiologiques montrent de nouveaux profils d'hommes et de femmes qui ne souhaitent pas renoncer à leur sexualité, y compris jusqu'à un âge avancé. Deux personnes de plus de 50 ans sur trois sont toujours actives sexuellement et 3 sur 4 sont convaincues qu’il est possible de retomber amoureux après 60 ans, selon une étude de l'Institut français des Seniors et Domitys.

Que devient le désir avec l’âge ?

L’âge de la retraite n’est pas celui de tous les renoncements, explique le docteurMarie-Hélène Colson, directeur d’enseignement du diplôme inter-univesitaire de sexologie à Marseille. Le désir n’a pas d’âge.

Les cinq sens en éveil

Quel est pour vous le sens le plus déclencheur” de la sexualité ?

A cette question posée par Marie-Hélène Colson dans une étude réalisée en 2006, 81 % des plus de 70 ans répondent le toucher.

Même si l’audition, la vue, l’odorat baissent en vieillissant, le toucher reste le sens privilégié pour déclencher la sexualité.

Idées reçues et croyances populaires

Déplacée, ridicule, dangereuse, transgressive, hors normes… sont les qualificatifs que l’on entend couramment à propos de la sexualité des personnes âgées.

A propos des plus âgés, les croyances populaires peuvent être résumées ainsi :

- elles n’ont pas de désir sexuel ;
- elles ne pourraient pas faire l’amour même si elles le voulaient ;
- elles sont trop fragiles physiquement et le sexe peut leur causer de la douleur ;
- elles ne sont pas attirantes physiquement et, par conséquent, elles ne sont pas désirables ;

Les croyances populaires culpabilisent la personne elle-même

Les personnes âgées peuvent se conformer aux attentes de la société et mettre fin à une vie sexuelle active en estimant que ce comportement n’est plus de leur âge.

Attention à l’entourage (enfants, petits-enfants) qui peut décourager d’avoir une vie sexuelle active ou imposer des restrictions sur le plan des activités sexuelles.

Selon Striar et Hoffman (1984), les mythes concernant la sexualité et le vieillissement ont pour effet d’accentuer la solitude des personnes âgées, de diminuer leur estime de soi et d’entraîner chez elles des troubles de leur fonctionnement sexuel.

Il est important de ne pas se conformer à ces mythes qui peuvent :
- accentuer la solitude ;
- diminuer l’estime de soi ;
- entraîner des troubles de fonctionnement sexuel ;
- renforcer une vision « stéréotypée et négative » de l’ensemble des personnes âgées.

Place de la sexualité chez les couples âgés

L’étude de Bergstrom-Walan et Nielson (citée par Trudel, Turgeon, Piché, 2000, Marital et sexual aspects of old age. Sexual ans relationship therapy, 15, 381 – 406) réalisée en 1990 sur 509 personnes de 60 à 80 ans a montré que même si avec l’âge l’activité sexuelle diminuait, elle ne disparaissait jamais.

La pénétration reste un élément important pour l’obtention d’une satisfaction sexuelle (55 % des hommes, 23 % des femmes). Les personnes qui sont et ont été sexuellement actives gardent leur sexualité (et vice et versa).

Les travaux d’Ade-Ridder (Ade-Ridder, Linda ‑1990, Sexuality and marital quality among older married couples — études réalisées chez 670 hommes et femmes mariés depuis plus de 40 ans — moyenne d’âge 72 ans) ont permis de mettre en évidence la place de la sexualité comme facteur de qualité de la relation chez les couples âgés. La qualité de la relation joue une grande part dans la qualité de la relation sexuelle.

Dans relation sexuelle” il y a le mot relation”

Les couples se disant très amoureux au début du mariage ont gardé une meilleure relation. On remarque aussi que le déclin de la sexualité arrive au début de la soixantaine, et est en lien avec la diminution des capacités sexuelles de l’homme. Le professeur Gérard Ribes précise que la qualité du vécu sexuel a augmenté de façon significative chez les femmes alors qu’elle a diminué chez l’homme.

La place des couples est importante pour le maintien de la sexualité. Le facteur numéro un de la préservation de la sexualité est de vivre en couple. Citons le cas, record absolu selon le professeur Gérard Ribes, d’un couple ayant 78 ans de vie commune, l’homme âgé de 102 ans et la femme de 98 ans. Les mariages où la sexualité a le moins diminué sont plus heureux que ceux où le déclin est notable.

La diminution significative ou l’arrêt total des activités sexuelles constitue une des pertes les plus importantes chez les personnes âgés. Première cause de cet arrêt, le deuil. Il y a non seulement l’arrêt de toute relation sexuelle, la fidélité post-mortem comme la décrit Gérard Ribes, mais surtout le deuil de la dimension de la relation, d’autant plus important dans ce domaine si la sexualité avait été investie.

Les facteurs permettant le maintien d’une sexualité

Rienzo et Barbara (Rienzo, Barbara — 1985 — The impact of aging on human sexually, Journal of School Health) ont recensé les facteurs permettant le maintien d’une activité sexuelle :

- les facteurs physiques et la santé ;
- les tabous sociaux ;
- le statut conjugal ;
- les connaissances de la sexualité à un âge avancé : y‑a-t-il un risque cardiaque ? avec une prothèse de hanche ?… ;
- l’estime de soi : avoir toujours le désir de plaire, de séduire, entretenir la relation affective ;
- les attitudes par rapport à la sexualité : citons le cas de la masturbation, est-ce normal, docteur ?” est la question que se pose souvent la personne elle-même qui se culpabilise par rapport aux croyances populaires”.

Dans une autre étude (Nicosi 2004), 68 % des hommes et 60 % des femmes de plus de 70 ans sont en faveur de l’utilisation de traitements pour aider à apprécier la sexualité.

La place de la sexualité en institution

« Quelle est la place de la sexualité en institution ? », une question posée à des personnes en institution dans une étude ancienne mais très bien référencée (Wasow, Loeb 1979). 81 % des hommes et 75 % des femmes considèrent qu’il est normal que les personnes âgées puissent avoir une sexualité.

Les principales raisons de l’absence de sexualité sont :

- le manque de partenaire (63 %) ;
- la manque d’intérêt (28 % des femmes) ;
- la santé (19 %) ;
- l’incapacité à réussir (15 % des hommes et 0 % des femmes) ;
- ne pas se sentir sexuellement attractif (78 % des femmes et 58 % des hommes).

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