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Témoignage en vers sur le regard des autres

Auteur Rédaction

Temps de lecture 2 min

Date de publication 07/08/2017

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Transmis par une de nos lectrices, ce poème a été rédigé par Mireille Barrière, touchée par la maladie de Parkinson. Elle y partage son témoignage sur les regards que sa maladie suscite. L’inspiration m’est venue en voyant la souffrance des uns augmenter sous le regard des autres”, explique-t-elle.

Le regard des uns sur les autres


Je ne suis ni un monstre
Ni une bête de foire…
Mais pourtant vos regards !…

Pourquoi me regardez-vous comme ça ?
Ne voyez-vous pas que vous me mettez mal à l’aise ?
Ne voyez-vous pas que votre
regard amplifie mon désarroi et m’écrase…
Je vacille, j’hésite, je perds pieds …
Plutôt que d’attendre que je m’étale, soyez plutôt charitable et venez à mon aide !

Je sais…
Je tremble de la tête aux pieds
Je suis tordue dans mon fauteuil
Je fais des gestes désordonnés
J’avance avec hésitations.
Vous croyez que ça m’amuse, moi, d’être secouée de la tête aux pieds tel un pantin désarticulé
qu’on remue dans tous les sens ?

regard des autres parkinsonVous croyez que ça m’amuse, moi, d’être entassé, dans un fauteuil, comme si le poids du monde s’asseyait sur ma tête ?

Vous croyez que ça m’amuse, moi, d’être traitée d’ivrogne parce que la maladie me saoule et me fait tituber ?

Vous croyez que ça m’amuse, moi, de supporter le regard d’un enfant que l’on empêche de s’approcher vers moi ?

Vous croyez que ça m’amuse, moi, de baver comme un boxer parce que mon palais joue les grands princes en refusant d’avaler ma salive ?

Vous croyez que ça m’amuse, moi, de subir cet état ? D’en souffrir ? D’avoir à soutenir votre façon de me regarder ?

Mon comportement vous inquiète ?
Je vous fais pitié ?
Vous pensez que je fais peur et que je devrais être enfermé … Et si…
Et si…
Et si, l’espace d’un instant, on échangeait nos places ?

Non, je blague ! Vous ne le supporteriez pas !!!

Alors ?
Ne laissez pas votre regard s’apitoyer sur mon sort
Ni me dévisager
Ne le laisser pas m’observer comme si j’étais une bête de foire ni montrer votre peur, ni votre désarroi… ni votre dégoût.
Et, de grâce, ne demandez pas à votre enfant de me prendre en photo !
Sinon,
Quel serait le plus monstrueux de nous deux ?

Mireille Barrière
Ussat-les-bains le 29 mai 2017

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