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A lire : Qui a peur des vieilles ?

Auteur Raphaëlle Murignieux

Temps de lecture 2 min

Date de publication 08/11/2021

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Un essai sur l’âgisme au féminin de Marie Charrel

Aujourd’hui, 600 millions de personnes dans le monde ont plus de 60 ans – un chiffre appelé à doubler d'ici à 2025 et à culminer à 2 milliards d'ici à 2050. Pourtant, l’âgisme reste très prégnant dans notre société, et encore plus quand il s’agit des femmes. « Pourquoi cet opprobre persistant sur l’âge des femmes ? Pourquoi ce regard toujours ambivalent sur la vieillesse, objet tantôt de respect, tantôt de rejet ? » interroge Marie Charrel l’autrice et journaliste dans son essai Qui a peur des vieilles ? Un ouvrage riche, documenté et accessible paru en septembre dernier.

La société « a un problème avec les vieux en général et les vieilles en particulier. On ne veut pas les voir. On les cache. Elles ne suscitent plus le désir – en témoigne la sortie de l’écrivain Yann Moix déclarant en janvier 2019 dans Marie-Claire être incapable d’aimer une femme de plus de 50 ans. Ce triste sire a eu le malheur de dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas », observe l’autrice dans son avant-propos.

Un constat qui ne date pas d’hier. En 1970 déjà, Simone de Beauvoir signait un essai sur la question, intitulé La vieillesse.

Et cinquante ans plus tard, les femmes âges sont toujours invisibles, comme en témoigne Chantal, 61 ans : « ils ne me voient pas tout de suite parce que je suis invisible. Je ne capte plus la lumière alors que toi, si. Leur regard glisse surmoi. Vieillir, c’est ça : enfiler la cape d’invisibilité d’Harry Potter. Disparaître. Passer de l’autre côté du miroir. »

La vieillesse, un fait culturel, pas uniquement biologique

Invisibles, ou pire. « Dans La Vieillesse, Simone de Beauvoir soulignait déjà que l’on ne parle jamais de « belle vieillarde ». « Au mieux, on dira une charmante vieille femme », tandis que l’on ne se prive jamais d’admirer de « beaux vieillards ». Le terme « vieilles peaux » désigne en général des femmes. On s’extasie devant la chevelure argentée de Richard Gere et le physique fringuant de Robert Redford. Mais lorsqu’on salue la beauté de Meryl Streep, on précise en général aussitôt « pour son âge », ou alors qu’elle est « bien conservée », souligne Marie Charrel (pages 23 et 24).

Pour décortiquer l’âgisme au féminin, elle convoque féministes et sociologues, auteurs et autrices, mais aussi de nombreuses femmes, âgées de 50 à plus de 90 ans, qui témoignent de leur vécu, en tant que « vieilles ».

Elle explore aussi les représentations des femmes âgées dans les médias, au cinéma ou dans la littérature pour mieux comprendre le regard porté par les hommes, mais aussi les femmes plus jeunes sur les vieilles.

Une analyse à la fois historique et sociologique, mais aussi une mise au point sur les réalités de la vieillesse des femmes, leur rapport à leur corps, leur sexualité, leurs envies et leurs projets, bien loin des clichés et des stéréotypes sur les femmes qui ont passé la ménopause.

Un ouvrage riche et complet, accessible et réjouissant malgré tout : « Puisque l’identité des femmes est socialement définie par la fécondité et la (possible) maternité, que se passe-t-il lorsque les deux appartiennent au passé ? Un espace des possibles s’entrouvre. Les règles d’autrefois se dissolvent. Un flou s’instaure. » (page 201).

Et si la peur des vieilles naissait tout simplement de leur force et de leur liberté ?

Qui a peur des vieilles ?
Marie Charrel
Editions Les Pérégrines
16 septembre 2021
288 pages
19 €

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