Aller sur la navigation Aller au contenu principal Aller sur la recherche

Trouver son lieu de vie

Ehpad : miser sur les CVS pour retrouver une vie normale

Auteur Guillaume Vonthron

Temps de lecture 4 min

Date de publication 18/10/2021

0 commentaires

CVS = Conseils de la vie sociale = la parole aux habitants et leurs proches

Tandis que les résidents/habitants des Ehpad reçoivent peu à peu leur troisième dose de vaccin contre le covid-19, le rôle des conseils de la vie sociale est lui toujours fragilisé. Afin de retrouver “la vie d’avant” et permettre à chacun d’exprimer sa citoyenneté dans les maisons de retraite, l’Inter CVS 91 monte au créneau pour proposer des solutions concrètes d’amélioration. De son côté le philosophe et éthicien Fabrice Gzil rappelle l'importance de la parole des personnes directement concernées.

Présent dans chaque maison de retraite, le conseil de la vie sociale (CVS) est un lieu d’échange et d’expression, entre les familles, les résidents, les professionnels, indispensable au bon fonctionnement de l’établissement.

Il y a quelques semaines, le réseau des élus des conseils de la vie sociale de l’Essonne (Inter CVS) alertait sur des libertés encore limitées dans les maisons de retraite et un fonctionnement des CVS toujours entravé. 

Aujourd’hui l’Inter CVS 91 revient avec des propositions pour permettre aux conseils de la vie sociale de reprendre leur mission auprès des familles, des résidents et des professionnels.

Ainsi le réseau qui réunit les élus des conseils de la vie sociale de l’Essonne, préconise de : 

  • Provoquer des réunions entre tous les élus de CVS pour partager leurs informations.
  • Susciter en tant que CVS des rencontres avec les familles et les résidents (plutôt le samedi) pour échanger, entendre leurs questions, récupérer leurs mails et préparer le CVS.
  • Participer aux animations festives pour renouer des contacts et obtenir des adresses mails de familles.
  • Prévoir des échanges ponctuels avec les personnels et leurs représentants au CVS.
  • Assurer une permanence du CVS et un affichage du CVS avec les photos des membres.
  • Diffuser la fiche de bienvenue du CVS, y compris dans le livret d’accueil.
  • Réaliser et diffuser un questionnaire, lorsque l’on dispose des mails des familles.
  • Diffuser et afficher le dépliant sur le rôle du CVS.
  • Organiser une visite de l’établissement en tant que CVS avec la direction. Cette pratique existe. Elle permet de se rendre compte du fonctionnement de l’établissement, de comprendre le rôle de certains professionnels et de se faire connaitre d’eux.

De l’importance de la parole des personnes concernées

Lors d’une conférence de l’association Old Up(“Vieux debout”) ce 11 octobre à Paris, le directeur adjoint de l’espace éthique Île-de-France, Fabrice Gzil est revenu sur les raisons de rechercher la parole des vieux.

Il a alerté sur l’âgisme décomplexé qui se répand depuis la crise covid : ces jeunes sacrifiés pour les vieux”… 

Recueillir la parole, s’adresser à l’autre, c’est lui témoigner de la considération, le considérer comme un égal, avec ses droits, des prérogatives” explique Fabrice Gzil. Parler c’est manifester son humanité car l’homme est un animal politique, selon Aristote. Nous ne sommes pas nous-mêmes, pas pleinement homme, tant que nous n’appartenons pas à un groupe, une communauté où l’on débat des valeurs, des lois. On sort de l’enfance, du statut d’infant (celui qui n’a pas encore la parole). Ni l’âge, la dépendance ne retire la citoyenneté. Chacun a droit au chapitre, a le droit de donner son avis. Même malade, même handicapé, chacun va définir son « projet de vie, de soin » et partager même maladroitement sa singularité, l’accompagnement attendu”.

Comment procéder ?

Fabrice Gzil insiste sur l’importance de donner le temps, des lieux pour permettre à cette parole-là de s’exprimer sans toujours répondre aux questions définies par d’autres.

En effet les troubles cognitifs ne sont pas des troubles de l’intelligence (chaque parole a un sens, une signification à ce qui est perçu). Ne pas tout prendre au pied de la lettre (comme des refus, des dénis), car d’abord ce qui peut s’exprimer : c’est une réticence, de la colère, constate. Avec l’humour, grâce au dialogue, chacun est invité à aller au-delà de la première intention, de ce qui est dit sans dire, de la pudeur”.

Attention à la façon d’« extorquer » une parole (par exemple, appeler tous les jours, faire passer un interrogatoire : qu’est-ce que tu as mangé ? Souvent, c’est par amour et par angoisse de la maladie qui grandit, qui ronge la mémoire). 

Laisser venir les sujets comme la mort, des morts, parler de ce futur ou pas. 

Mais attention à ces absences de paroles, à ces silences qui tétanisent et angoissent.

L’authenticité paye pour la qualité de la relation”, insiste Fabrice Gzil. Comme la présence, parfois silencieuse, en retrait, par pudeur, pour préserver l’intimité, accepter cette part de mystère, d’indicible”.

Et si la parole se traduisait à l’écrit ?

Un participant raconte avoir écrit une lettre au soignant dans la peau de son proche : Bonjour à vous qui me soignez, je me présente… Voici les grands moments de ma vie… mes difficultés… Désolé et pardon de la patience que je vais vous demander et de l’agressivité que je peux exprimer.”

Comment entamer la relation, que dire, quoi dire… voilà des sujets à professionnaliser !

Partager cet article