Agevillage
  >   Actualités  >     >   Maladie d'Alzheimer : Elle ...

Maladie d'Alzheimer : Elle oublie, se perd et refuse tout. Que faire ?

Les conseils du Dr Bernard Pradines


Partager :

Bernard Pradines« Ma mère, qui a 85 ans, vit seule. Elle présente des troubles progressifs de la mémoire. De plus, il lui arrive de se perdre dans sa petite ville qui est distante de 80 km de mon domicile. Jusqu’à présent, elle a toujours rencontré une personne compréhensive pour retrouver son chemin. Pour elle, avouer ses faiblesses serait accepter une prise en charge qu’elle refuse catégoriquement. Elle n'a confiance en personne. Elle a trop peur de quitter sa maison et se méfie de tout le monde.... »
 
Une situation malheureusement classique bien que toujours unique, faite de déni, voire d’anosognosie (1).

Que faire ?

Si possible, vous rapprocher de vos frères ou sœurs pour vous entretenir de cette difficulté. Leur implication sera bénéfique, même si vous ne pouvez pas l’imposer.
Bien sûr, rester à l’écoute des besoins de votre maman.

Surtout lui proposer avec constance mais sans harcèlement de l’accompagner lors d’une consultation spécialisée qui permettrait de faire un diagnostic (2) et d’envisager un suivi ainsi que des mesures adéquates. Le diagnostic, quel qu’il soit, est l’arc-boutant de toute décision individuelle et familiale.

En attendant, il convient aussi d’agir sans désespérer en informant les professionnels qui sont à proximité de votre mère, en particulier ceux qu’elle connaît : médecins, travailleurs sociaux, services de soins infirmiers à domicile, psychologues, autres aidants professionnels, services de la mairie et du conseil général. Se renseigner auprès de ces deux dernières institutions pour savoir si un CLIC (3) ou une MAIA (4) existent dans sa ville ou à proximité. AgeVillage fournit aussi ce genre d’information sur son annuaire.

Accepter de s’expliquer auprès des voisins et des commerçants qui sont souvent inquiets, voire perplexes, quant à vos démarches pour une prise en charge optimale de votre mère. Si cet entourage non-familial avait l’impression qu’elle est « abandonnée » par sa famille, il pourrait vous en faire le reproche, jugement qui ne serait pas anodin pour vous.

Bien que cela soit moins fréquent qu’il n’y semble, savoir que votre mère peut être exposée à des abus financiers. Avertir son banquier pourrait être utile. Prévoir éventuellement une mesure de protection juridique (juge des tutelles). Si nécessaire, il n’est pas interdit d’informer la gendarmerie ou la police.

En milieu rural, la conduite automobile est souvent nécessaire. Pourtant, si celle-ci apparaît trop risquée, bien des familles ont utilisé des subterfuges imaginatifs. In fine, il est possible, bien que délicat psychologiquement, de recourir à la commission préfectorale adéquate.

Accepter l'idée que cette situation "d'entre deux" est toujours difficile et peut se clôturer par un événement négatif qui aurait le mérite de dénouer la situation: chute, désorientation avec conséquences fâcheuses, hospitalisation urgente ...

Admettre que cette condition peut évoluer défavorablement est susceptible de vous amener à vérifier la disponibilité et la réputation des établissements d’hébergement et de soins dans l’environnement de votre maman. Ceci ne vous engage à rien.

Dans tous les cas, prendre contact avec une association telle que France Alzheimer ou contacter une plateforme de répit, démarche dont vous pourriez tirer un grand bénéfice car chaque cas est particulier et demande des réponses adaptées. Vous pourriez ainsi apprendre de l’expérience d’autres familles concernées.

Enfin, cette situation, bien que temporaire, est toujours angoissante car il convient de ne recourir à la contrainte qu'en ultime nécessité. Un impératif malheureusement encore fréquent quand la sécurité d’autrui ou bien la vie de la personne est en jeu.



(1) Méconnaissance par le malade de son trouble (extrait de la définition du Dictionnaire Flammarion Médecine-Science, 1998)
(2) Le diagnostic de maladie d’Alzheimer n’est pas toujours aussi facile qu’il n’y parait. En particulier, un diagnostic différentiel fréquent, la dépression, doit être exclu. Les « consultations mémoire » s’y emploient.
(3) CLIC : Centre Local d’Information et de Coordination
(4) MAIA : Maison pour l’Autonomie et l’Intégration des malades Alzheimer (en fait ce ne sont pas toujours des maisons à proprement parler)


mis à jour le



LES LIENS UTILES

Forum Agevillage : Vivre avec la maladie d'Alzheimer


Vous-même ou une personne de votre entourage souffre de la maladie d’Alzheimer : comment organiser le quotidien, aujourd’hui, demain ?

Modérateur :
Bernard Pradines, gériatre français en retraite, ayant exercé dans le service de Soins de Longue Durée du Centre Hospitalier d'Albi de 1991 à 2010 répond à vos interrogations.


L'Annuaire Agevillage.com

L'Annuaire Agevillage.com recense les avis clients sur les maisons de retraite et EHPAD, les coordonnées des établissement d’accueil, services à domicile, clic, ccas et réseau gérontologique, centre mémoire, centre alzheimer, centre de soins, fournisseurs de Matériel médical, associations de loisirs et de tourisme…

Toutes les solutions locales près de chez vous : + de 25 000 adresses référencées.

annuaire@agevillage.com - 01 42 46 65 00


Partager :


Vos réactions

Biskouaz

15/05/2019 19:05

Essayer de bien faire mais...


Je lis les avis ci-dessus. Tous bienveillants et empathiques envers le malade. Pour moi, maintenir une personne atteinte d'Alzheimer chez elle est impossible. Avec ma mère, nous n'avons pas trouvé de solution. Elle refusait le passage d'une aide à domicile ou d'une infirmière. Elle perdait ses chéquiers, refusait d’être accompagnée pour faire des courses. La maladie ne la rendant pas du tout objective sur sa situation, elle ne pouvait que refuser ce que nous lui proposions. Toutes mesures mise en place devenaient très vite obsolètes... On aimerait voir les gens qu'on aime rester chez eux mais... c'est semble-t-il impossible. Il faudrait mettre une présence h24 (c'est à dire avoir 3 personnes qui se relaient...). Et je suis sûr qu'elle n'aurait pas supporté cette présence imposée, pas plus qu'elle ne supporte son placement dans un EHPAD... Maintenant elle est dans un EHPAD et ne pense qu'a partir. On ne peut pas la raisonner car de toute façon, elle ne retient pas les raisonnements et les arguments. Je sais que ca va bientôt être encore plus dur à vivre pour elle et pour ses enfants. C'est vraiment une saloperie de maladie!



Francoise

20/09/2014 14:09

Empathie


Ma petite pierre à la réflexion : ne pas forcer votre maman à entrer dans votre réalité mais essayer d'aller dans la sienne.
Difficile mais ô combien plus reposant quand on y arrive. Bon courage



Constance

12/07/2014 06:07

Termes médicaux


Bonjour madame,
Permettez- moi de dire que je ne partage pas votre avis quand vous écrivez « … Les médecins même les plus sympathiques sont enfermés dans leur langage et ne savent pas les dégâts que les mots "démence" ou "anognosie" peuvent faire dans l'esprit des gens… ».
Je pense au contraire utile que les termes appartenant à la terminologie médicale surtout quand les définitions simples données comme le propose le Dr Pradines) soient employés , y compris en direction de l’entourage.
Après, je sais bien que le mot démence, ou plus justement son utilisation dans le langage courant a une consonance péjorative mais dans l’acceptation médicale du terme, le mot démence correspond à une définition ainsi qu’à un diagnostic précis.
En qualité d’aide soignante, je peux vous assurer qu’il est essentiel que « le diagnostic… ou non du médecin descende ( on va dire hiérarchiquement ) jusqu’ à nous….
En tout cas c’est un des mes chevaux de bataille quotidiens.
Bien à vous,



coletteroumanoff

10/07/2014 11:07

Donner une chance à l'autre


Merci à Constance pour son commentaire.
Les médecins même les plus sympathiques sont enfermés dans leur langage et ne savent pas les dégâts que les mots "démence" ou "anognosie" peuvent faire dans l'esprit des gens. Moi je trouve cette personne courageuse, elle a l'air de savoir ce qu'elle veut: rester chez elle. Il faut l'y aider tout simplement, et ne pas souhaiter qu'un jour elle fasse une chute pour finir à l’hôpital. Pour cela il faut commencer par sécuriser le domicile (enlever les tapis etc...), par lui organiser ses courses et son quotidien de manière à ce qu'elle puisse vivre chez elle, comme elle le souhaite. La maladie d'Alzheimer, si on ne contrarie pas le malade, si on ne lui impose pas des contraintes insupportables (prétendument justifiées médicalement par son état) avance très lentement. Il faut avant tout protéger la personne contre les risques de confusion et organiser intelligemment son quotidien en fonction des circonstances et des possibilités de chacun et voir si un traitement peut aider, ce qui arrive parfois.

Vous pouvez consulter mon blog: www.bienvivreavecalzheimer



Constance

08/07/2014 15:07

Alzheimer : Idées reçues


En complément du texte du Dr Pradines, il me semble important d’ajouter qu’il me parait essentiel de se garder des idées reçues que l’opinion façonnée malheureusement par nombre de médias, se « fabrique » de la maladie d’Alzheimer.
Exerçant la profession d’aide- soignante, je m’occupe plus spécifiquement de personnes âgées.
Sur le plan personnel, je suis directement concernée au sein de ma famille.
Je suis effarée du portrait-robot esquissé aussi parfois par des professionnels appartenant au secteur médico-social. Ces professionnels étant censés avoir, sinon une vision objective, du moins une approche plus construite, plus rationnelle de cette pathologie.
Afin d’illustrer mon propos, je souhaiterais que ce forum me permette de souligner haut et fort qu’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer ne se résume pas fort heureusement loin s’en faut à une personne « fugueuse » ou «n’ayant pas encore atteint le stade où elle finira inévitablement par s’évader ».
Il est vrai, néanmoins que les médias nous abreuvent régulièrement de ces faits divers dramatiques, racontant des personnes âgées qui se perdent dans la nature et que l’on retrouve décédées d’épuisement dans un fossé.
En fait, dans ma pratique quotidienne, j’ai rencontré en majorité des personnes statiques, casanières plutôt que nomades, voire baroudeuses cherchant obstinément un ailleurs virtuel qui est leur nouvel ailleurs.




Réagir à cet article :

* ne sera pas affiché


HAUT DE PAGE

© Eternis SA -