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Edito : 840 000 manifestants ... pour la cause des vieux ?


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Edito annie de vivieLa manifestation de ce dimanche contre le mariage homosexuel montre que de nombreux français savent se mobiliser pour défendre des principes, des valeurs et des droits. Ils étaient 840 000 dans les rues de Paris pour défendre leur vision de la famille.

Combien se mobiliseraient pour défendre la place des plus âgés et des plus fragiles dans notre société ?

La révolution de la longévité, la multiplication des familles à cinq générations n'auraient-elles pas d'impact sur notre fonctionnement familial et social ?

La place des plus âgés d'entre nous n'a pas été sérieusement réfléchie, quand deux octogénaires sur dix cumulent des maladies et handicaps qui les empêchent de vivre seuls. Qui défend ces citoyens âgés particulièrement vulnérables ? Qui défend cette vieille dame sommée de retourner chez elle pour défaut de paiement de sa maison de retraite (certainement pas ses proches dans le cas présent) ? Les solutions de recours sont mal connues et font défaut.

Le prendre soin de ceux qui ne vont pas bien repose essentiellement sur les proches et la famille. On n'a pas affaire à des patients, mais à des personnes qui relèvent de l'aide sociale. En 1945, quand la Sécurité Sociale a été créée, l'aide aux personnes handicapées, quel que soit leur âge, a été mise du côté de l'aide sociale et familiale. Un nouveau risque était possible pour compenser de nouveaux besoins. Il est attendu !

Les associations d'aidants, de familles, de malades (Alzheimer, Parkinson), tout comme les professionnels du médico-social alertent depuis des années : le système est à bout.

Malgré les efforts entrepris depuis 10 ans, depuis la canicule, il manque de réponses structurées et coordonnées pour évaluer les situations, définir les plan d'aides et orchestrer le prendre soin au quotidien.
Malgré les milliards d'euros mobilisés pour l'APA (Allocation personnalisée d'autonomie), les aides au logement, les soins tant à domicile qu'en établissement... le reste à charge pour les personnes concernées et leurs proches pèse de plus en plus lourd (1000 euros par mois sur 8 ans selon France Alzheimer).

Solvabiliser les maisons de retraite, les services à domicile pour quelques heures par jour, est très difficile avec les retraites disponibles. Le patrimoine doit-il obligatoirement être amputé quand on est malade et non quand on est en bonne santé ? L'obligation alimentaire pèse lourd sur les familles. La question de l'égalité des droits de chaque citoyen (âgé et ses proches) est posée.

Malgré l'argent mobilisé, notre pays manque de professionnels (notamment soignants), formés, compétents. Leur travail - notamment celui de l'aide à domicile -  est injustement dévalorisé.
Malgré les investissements, notre pays propose peu d'actions de prévention structurées, de filières gérontologiques identifiées, de réponses ouvertes sur des approches dynamisantes (nouvelles technologies de la communication, approches non-médicamenteuses...).

La loi du silence pèse lourd :
- sur le peu d'égard que l'on porte aux vieilles personnes, sur les regards condescendants, sur les négligences voire les maltraitances quand la vulnérabilité s'accroit.
- sur le manque de places accessibles financièrement, au point que personne n'ose plus se plaindre de services défaillants de peur de perdre sa place.
- sur la culpabilité des uns et des autres : de ne pas pouvoir faire mieux et plus pour les personnes âgées vulnérables.
- sur les écarts manifestes entre les valeurs affichées (charte de la personne accueillie par exemple), les recommandations des différents organismes (ANESM) et les valeurs produites au quotidien. Le manque de moyens n'explique pas tout.
- sur ces services qui naissent et disparaissent au gré des politiques comme les centres locaux d'information et de coordination (CLIC) nationaux, puis décentralisés, qui disparaissent ou sont débaptisés ici et là.
- sur les injonctions contradictoires des autorités de tutelles : qualité sans professionnels supplémentaires, sécurité versus liberté. Peu de voix s'élèvent contre "les primes à la grabatisation". 

La prise de conscience n'a pas vraiment eu lieu.
Les acteurs publics ne veulent surtout "pas de vague". Chaque strate du système est poussée à faire de son mieux (accompagner encore plus de personnes fragilisées, malades) avec des moyens constants ou en régression.

On rêve du jour où 840 000 personnes de tous âges, familles, proches, professionnels descendront dans la rue, bloqueront des services clés (Cf. les axes routiers par les taxis cette semaine) pour secouer la place, l'image, le regard portés sur les plus âgés.
Et si 840 000 personnes rappelaient que si 8 octogénaires sur 10 vont bien, pourquoi ne pas savoir prendre soin des autres ?
Et si 840 000 personnes expliquaient d'une seule voix que le système est à bout de souffle alors que nous allons TOUS avancer en âge.
Et si 840 000 personnes hurlaient leur volonté de lever la loi du silence sur les aberrations du système, sa fragmentation extrême, les maltraitances quotidiennes...
Et si 840 000 personnes poussaient les médias à programmer des émissions, des documentaires, des débats pour expliquer plus en profondeur les tenants et les aboutissants de cette situation, les réponses possibles, les réussites quotidiennes.

Quelques slogans pour la manif' ?
"Touche pas à mon pote âgé"
ou "Roulez Vieillesse" (cher aux artistes de Théâtre Eprouvette), "Vieux, malade et citoyen",  "Les panthères grises sortent leurs griffes", "Zéro soin de force sans abandon de soin", "Vieillesse-jeunesse même combat !", "Vivre heureux malgré la maladie d'Alzheimer", "Vous avez dit "légumes", quel image avez-vous de vous-même ?!", "Non, la vieillesse ce n'est pas un défaut !" etc.

I have a dream disait Martin Luther King.
J'ai fait ce rêve que 840 000 personnes nous contactent et travaillent à cette prise de conscience, positive, dynamique et énergique !


mis à jour le



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Vos réactions

CG

25/01/2013 10:01

Responsable SSIAD


Bravo, bravo et bravo. Cet article devrait etre envoyé au journal Le Monde.Il merite une audience plus large.



inf.val

24/01/2013 10:01

soleil vert


soleil vert, vous connaissez le film! et si tous nos vieux choisissaient de nous quitter d'un coup? quelle perte pécuniaire pour ceux qui en vive et on ne le sait que trop, ils sont nombreux à s'enrichir sur le dos de nos personnes dites "âgées"! mais en dehors de l'argent, c'est notre mémoire que nous perdrions, notre histoire de vie et nous ne serions plus ce que nous sommes actuellement! les vieux, c'est comme les vielles assiettes que nous cachons au fond d'un placard parce qu'elles sont un peu ébréchées, passées. ils sont peu nombreux les amoureux des vieilles choses pour les dénicher et en prendre soin à leur juste valeur, sans les bousculer, les cajoler. ces donneurs de temps et d'amour sont peu connus et reconnus et ce n'est pas l'argent qui les intéressent bien souvent mais la qualité de ce qu'ils reçoivent en échange de ce qu'ils peuvent donner. comment peux t-on brader nos vieux ainsi, comme de vulgaires assiettes exposées sur une brocantes? et c'est pourtant ce que nous faisons tous les jours...les vieux oui! mais à moindre prix! voilà ce que nous vivons nous soignants et aidants tous les jours auprès de nos personnes âgées et c'est bien malheureux!!! alors oui crions notre écœurement à cette société de profiteurs et pourquoi ne pas tous les emmener bloquer les rues, les trains, les magasins.... sans nos vieux nous ne serions pas ce que nous sommes: des personnes!



gégé19

21/01/2013 09:01

valeur dominante ?


Bravo à Annie de dénoncer haut et fort la malfaisance de tous les acteurs qui se cachent derrière leurs masques afin d'exploiter sans aucun scrupule la misère de tous nos aînés et profitent de leur vulnérabilité pour, de façon très occulte, les dépouiller de tous leurs biens. Non contents de cela, ils vont même jusqu'à presser comme des citrons leurs enfants et même leurs petits-enfants. Vous avez dit "la crise" ? Chacun sait bien que ce n'est pas la crise pour tout le monde, n'est-ce pas messieurs les directeurs des EHPAD, n'est-ce pas messieurs les députés, n'est-ce pas messieurs les sénateurs ? Mais que faites-vous donc pour aider ceux qui ont fait de vous ce que vous êtes ? Et comment osez-vous faire payer à nos aînés les intérêts des emprunts immobiliers pour agrandir ou rénover les EHPAD alors que ces biens appartiennent à la collectivité ? Comment osez-vous basculer une partie des frais de soins sur le tarif "hébergement" qui sert alors de variable d'ajustement? Comment osez-vous frapper de taxes les frais de personnel dans les EHPAD publics rattachés à un hôpital ? Mais quand donc cette crise comportementale cessera-t-elle dans ce monde plus qu'injuste vis à vis de tous nos aînés ? Nos aînés nous ont tout donné, nous devons tout leur rendre et c'est donc la collectivité qui leur doit tout !!!



Romans

16/01/2013 12:01

Utopie


Bravo pour ce billet , suis bien placé pour en parler :depuis 3 ans j alerte associations, réseaux sociaux etc sur le sujet et en particulier les personnes agées dépendantes en établissement hospitalier ...Dont un certains nombres de familles placent et vienne voir une fois par ans ou pas du tout.... Demain si nous n'y prenons garde ...Nous ferons comme l Allemagne... qui envoit ces vieux dans des Pays ou la mains d'oeuvre coute pas grand chose...IL est vrai que l Allemage est le modéle économique que l'on veut copier a tout prix



yk66

16/01/2013 12:01

pour la cause des vieux


Tout à fait partant pour manifester "pour la cause des vieux", mais qui va manifester ? Pourquoi pas les 80% des vieux qui sont en pleine forme ? N'est-ce pas à nous de nous faire reconnaître, sans attendre des autres ? Puisque nous sommes en forme, sachons le faire reconnaître. Et, surtout, sachons apprendre à rester en forme pour ne pas venir "nourrir" les 20% de "dépendants". Alors : comment rester en bonne santé ? C'est pour moi la grande question. Or, là, il n'y a pas, à ma connaissance, de système de "bonne" santé !!!




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