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Souvent, Régine oublie : un ouvrage de Régine David et Anne-Sophie Mauffré

Mais la vieille dame n'oublie pas l'essentiel :"Régine n'a pas perdu la tête" dit Jean Maisondieu


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Souvent Régine oublie« Alzheimachin » ?
Régine David est née en 1910. Anne-Sophie Mauffré, née en 1972 avait 6 ans lorsqu’elle a fait la connaissance de Régine. Depuis quelques années, souvent Régine oublie. Peut-être. Mais, c’est à nous que les mots manquent pour parler de cet ouvrage hors du commun, « alchimie » de la rencontre entre ces deux femmes. Hors du commun, elles aussi.


Anne-Sophie est photographe. A son retour d’un tour du monde en solitaire, elle découvre que Régine, artiste peintre et retraitée des PTT, son amie depuis toujours « perd un peu boule ». Elle lui propose un projet informel sous forme de jeu et la nomme rédactrice en chef du livre de sa vie d’artiste. Par le biais d’enregistrements sonores et de prises de vue régulières, Anne-Sophie « Anne-So » devient alors la mémoire de Régine.
 
« Souvent Régine oublie » est une vraie rencontre. Celle de « sensibilités » entre ces deux femmes mais rencontre aussi pour nous. Les mots justes et poétiques de Régine pour nous parler de sa vie, d’hier, d’aujourd’hui, de la vie, de l’amour et de la mort nous touchent. Les superbes photos d’Anne-Sophie qui  accompagnent au plus profond de sa source l'énergie de cette belle-très-vieille dame sont vraies et intenses dans leur simple humanité. Par d’infimes détails parfois ces images montrent la joie de vivre, les rires, la chaleur, le respect. Tout est là pour qui sait voir et sentir. L’angoisse aussi, est  là bien sûr. Ni Anne-Sophie, ni Elizabeth l’auxiliaire de vie attentive ne la nient.

Et l’on comprend que la vieille dame n’oublie pas l’essentiel. Elle sait. Elle sait transmettre à la plus jeune son amour de la vie. Cet amour, Anne-Sophie le rend bien à Régine en lui proposant de partager son talent pour saisir l’instant. Car le talent d’Anne-Sophie Mauffré n’est pas seulement celui de la photographe, il est aussi de savoir vivre avec Régine des moments hors temps ou celui d’un temps re-crée. Ce temps où l’on se déguise en touristes étrangères pour aller passer une nuit dans un hôtel, ce temps où l’on suit inlassablement les traces d’un Monsieur Léonard, gravé dans la mémoire de Régine et dont elle est encore amoureuse. Existe-t-il ? A-t-il jamais existé ? Peu importe aujourd’hui. Cette vieille dame aime encore ce qui l’a toujours fait vivre : les rencontres, la peinture.

Non, Régine n’a pas tout oublié. Elle sait aussi, mieux que beaucoup qui ne veulent pas le savoir que le temps est compté.
« La pendule est pour moi la chose essentielle ici. Elle me rapproche de la terre, puisqu’elle me dit l’heure, et elle me rapproche de la mort aussi, avec le temps qui passe ». Et quelque mots plus loin Régine nous dit « Je ne la remonte plus. Ni dans le sens pratique, ni spirituellement dans le temps. »

Alors, Jean Maisondieu dans sa préface le dira mieux que nous.  « Régine n’a pas perdu la tête. Elle s’efforce avec un entêtement bien sûr déraisonnable d’arrêter le temps. Elle consacre toute son énergie à ce travail de sape à plein temps sans se rendre compte qu’en agissant ainsi, c’est son intelligence des choses qu’elle mine, tant il est vrai qu’on ne peut pas être et avoir été simultanément sans tricher tellement avec la réalité qu’il n’est plus possible de rester seulement dans le faire semblant. C’est ainsi que s’installe le déni de la réalité et que l’on passe de l’autre côté du miroir, là où la raison ne parvient plus à borner l’imagination et se laisse emporter par elle. »

N’attendez pas. Nous, nous avons découvert ce livre au moment de Noël. Mais, offrez-vous, offrez autour de vous, sans tarder, même à des personnes « dites » jeunes un « moment cadeau » avec cet ouvrage qui comporte aussi un CD d’enregistrements et ce texte de Jean Maisondieu qu’il importe de lire et de comprendre pour mieux être à même, à nos yeux, de parler de ce qu’on appelle la maladie d’Alzheimer.  

"Souvent, Régine oublie", éditions Transhumaines, 23,50 euros,
à commander par mail à l'adresse : souventregineoublie@yahoo.fr 


Pour un aperçu des photos rendez-vous sur le site d’Anne-Sophie Mauffré www.transhumaines.com

Retrouvez le propos (écrit et video) de Jean Maisondieu sur le sujet non très éloigné du désir et de la sexualité chez les personnes âgées


mis à jour le



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Vos réactions

maryse

28/09/2014 21:09

Souvent Régine oublie


j'ai bien connu Régine et ses parents ,Arsene et Jeanne , dans les années 50 . Je l'ai revue il y a 30 ans : elle conduisait encore sa R5 . La photo est magnifique . Elle aurait 104 ans aujourd'hui ;est-elle encore là ?




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