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Voyage au pays de Gérousie : une exposition du musée AP-HP à Paris du 19 octobre au 15 juin 2008

De la gérocomie à la gériatrie


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Bien avant que n’émerge vers le milieu du 19ème siècle une médecine spécialisée dans la prise en charge des vieillards, divers auteurs s’étaient déjà intéressés aux questions posées par la vieillesse et ses maladies.
Au Moyen Age et jusqu’au 18ème siècle, la quête de l’éternelle jeunesse et la recherche de l’élixir de longue vie inspirent une littérature médicale qui s’exprime principalement dans des traités de gérocomie * : les médecins s’efforçent d’y consigner « formule miracle » et bons conseils pour permettre à une clientèle généralement fortunée de se maintenir en bonne santé. L’avènement de la médecine anatomoclinique au 19ème siècle marque une rupture : l’hôpital devient en effet le terrain d’exploration des affections du « grand âge ».

Les internesAu 19ème siècle, l'accueil d'une population âgée indigente mais valide est ce qui caractéristique les établissements qui se multiplient à partir de 1801. L'Administration a prévu des infirmeries pour les besoins des vieillards malades qui représentent environ 1/10ème des capacités d’hébergement. Ces infirmeries sont toujours placées sous la direction d’un ou de plusieurs médecins, assistés d’internes et d’externes. Les grands établissements (principalement Bicêtre et la Salpêtrière **) permettent l’observation de nombreux malades, tandis que les petits ne bénéficient que d’une présence médicale ponctuelle.

Les médecins peuvent désormais établir les premières classifications des maladies de la vieillesse et s’engager dans les voies de la recherche : quelle serait la définition organique du vieillissement et quelle est sa physiopathologie propre, les vieillards sont-ils prédisposés à certaines maladies ou à l’inverse davantage prémunis contre certaines affections, quelles maladies sont spécifiques à la vieillesse et à partir de quels critères organiser leur classement ?...

Docteur CharcotQuelques grands noms de la médecine laissent entrevoir une médecine spécifique en train de se construire : Durand-Fardel publie un "Traité clinique et pratique des maladies de la vieillesse" en 1854, Charcot "Les Leçons cliniques sur les maladies des vieillards" et "Les maladies chroniques" en 1867, Pic et Bonnamour un "Précis des maladies des vieillards", en 1912. Les grandes infirmeries de Bicêtre et de La Salpêtrière jouent pleinement leur rôle de lieu d’apprentissage pour les étudiants en médecine : chacune est dotée d’un amphithéâtre où sont réalisées les « études anatomiques » sur les corps non réclamés.

La loi de 1905 a pour conséquence d'inverser progressivement le profil des populations admises dans plusieurs établissements (malades et « vieillards chroniques » accueillis au titre de l'assistance obligatoire). Quelques transformations représentatives des évolutions de la médecine sont encouragées. Inégales et sans comparaison avec les changements engagés dans les hôpitaux, elles témoignent d’un souci d’adaptation.

Quelques services ou unités spécialisés voient le jour (consultation d’ophtalmologie, traitement des maladies des dents et centre de prothèses dentaires, laboratoires, services de radiologie et de récupération fonctionnelle) ; les infirmeries s’agrandissent et se modernisent, et certains travaux de remise en état intègrent les nouvelles préoccupations hygiénistes (carrelages, sanitaires).

Cet élan est freiné par la guerre de 14-18. La priorité donnée à la reconstruction, les nouvelles urgences du corps médical à l’égard de la population active et l’influence de l’idéologie nataliste et populationniste expliquent ce ralentissement. Les établissements pour les personnes âgées ne restent pas à l’écart du mouvement qui entraîne les hôpitaux sur les nouvelles voies du progrès. En revanche leur évolution ne suit pas le même rythme.
En 1937, l’hospice d’Ivry, futur hôpital Charles Foix dispose de 326 lits d’infirmerie pour 2.402 lits d’hospice.

Renaissance et reconnaissance de la gériatrie. Bien qu’un médecin américain, le Dr Ignatz Leo Nascher, lui ait donné en 1914 le nom de gériatrie, il faudra attendre les années 50 pour que cette discipline sorte lentement de l’ombre du fait de moyens thérapeutiques nouveaux, d’une couverture sociale élargie, de la détermination de quelques médecins hospitaliers et du dynamisme des équipes soignantes engagées sur le terrain.
A partir des années 60, l’équipe médicale de l’hôpital d’Ivry réunie autour des Pr Jean Vignalou et Paul Berthaux et quelques autres en France (dont le Pr Robert Hugonot à Grenoble) cherchent à impulser une dynamique d’échanges, de réflexion et de recherches.

Les efforts visant à remettre le secteur de la gériatrie à niveau et à asseoir sa reconnaissance sont récompensés dans les deux dernières décennies du XXème siècle, notamment par le développement de la formation des étudiants en médecine.

En 1988, la création d’une capacité en gériatrie est une première étape ; en 2004, la création du Diplôme d’Etudes Spécialisées Complémentaires (DESC) de gériatrie consacre la reconnaissance de la spécialité. Le nombre grandissant de postes de professeurs d’université-praticiens hospitaliers créés dans la spécialité en témoigne.


*     Du grec gerôn, vieillard et du latin comia, prendre soin. La gérocomie est une médecine de prévention.
**   En 1841, La Salpêtrièrequi porte alors le nom d’hospice de la Vieillesse-Femmes, compte 337 lits d’infirmerie pour 3.420
lits d’hospice.


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