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Le ministère dévoile son plan canicule

Les professionnels de santé n'y voient pas clair


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A moins de deux mois du début de l'été, la Direction générale de la Santé (DGS), la Direction de l'hospitalisation et des soins (Dhos) et la Direction des Affaires sanitaires et sociales (Ddass) ont élaboré une esquisse de «plan anti-canicule», disponible sur le site internet du ministère de la Santé. Ce plan, présenté lundi soir auministère de la Santé par William Dab (DGS), Edouard Couty (Dhos) et Jean-Jacques Trégoat (Ddass), est destiné à anticiper «les conséquence sanitaires d'une vague de chaleur» et établit des «recommandations faites de messages sanitaires simples et opérationnels».Certaines indications sont ainsi déjà disponibles sur le site Web du ministèrede la Santé (www.sante.gouv.fr). Elles précisent les recommandations en cas de fortes chaleurs, à destination du grand public et des professionnels de santé.

un document de travail sans moyens encore affichés

Le ministère de la Santé a présenté lundi 26 avril, les principales dispositions du « plan canicule ». Plus d’une centaine d'organisations de santé (médecins, paramédicaux, établissements), avaient répondu, à l'invitation. Un document de travail leur a été remis à cette occasion, en même temps que l'ordre de ne pas en souffler un mot à la presse avant la présentation officielle par le ministre de la Santé, Philippe Douste-Blazy.Le document confidentiel passe rapidement en revue les pathologies liées à la chaleur, énumère les recommandations à suivre en cas de fortes chaleurs (par exemple, surveiller la température et la pression artérielle) et conclut sur quatre priorités : informer, préparer, protéger, agir, c'est-à-dire rafraîchir. Sont également indiqués, de manière assez succincte, les symptômes d'alerte et les critères d'hospitalisation. Rien que du bon sens en somme.Le document d'une quinzaine de pages, pas plus que les renseignements fournis oralement par le ministère de la Santé au cours de la réunion n'ont rassuré les professionnels de santé. « On a l'impression que, depuis neuf mois, on a remué beaucoup de trucs », mais sans fil directeur, « si bien qu'on se retrouve aujourd'hui sans réelle anticipation », déplore le Dr Jean-Claude Wagner, qui représentait le Snam-HP, le Syndicat des médecins des hôpitaux, avenue de Ségur.Les moyens sont un autre sujet de préoccupation. La représentante d'une fédération d'établissements, qui préfère garder l'anonymat, aurait aimé que le ministère en parle. Mais « la question du financement n'a jamais été abordée, raconte-t-elle. Il n'y a pas eu d'avancées spectaculaires, ni de consignes précises sur aucun des points évoqués. Quant à la méthodologie du plan canicule que le ministère nous a présentée, qui comprend des actions de prévention et de recensement des personnes en difficultés, elle nous a semblé très floue ».

La coordination en défaut.

Le Dr Patrick Pelloux, lui, n'hésite pas à exprimer sa déception à visage découvert. « Cette réunion technique nous a montré qu'il n'y a pas encore ne serait-ce que le début d'un soupçon d'un véritable plan global sur la canicule. On nous a présenté divers niveaux d'alerte, très confusément, je n'ai rien compris. » Le président de l'Association des médecins urgentistes (Amuhf) dénonce aussi le manque de coordination nationale. «Aujourd'hui, on voit fleurir des plans canicule partout. Rien qu'à Paris, l'AP-HP (Assistance publique des hôpitaux de Paris), la préfecture et le syndicat MG-France ont sorti trois plans, chacun dans son coin. Ça prouve qu'il y a une mobilisation, c'est bien. Mais pour qu'on s'y retrouve, il faut absolument que le ministère de la Santé joue son rôle de directeur. » Le président de MG-France n'a pas pu se rendre à la réunion ministérielle, mais, à ce que lui en ont dit ses confrères, il en conclut que le plan présenté est « un drôle de plan avec rien dedans ». Si le Dr Pierre Costes a préféré prendre les devants en sortant son propre plan de prévention, c'est parce qu'il sait que « le gouvernement manquera de rapidité et d'efficacité » et que « ses mesures seront purement administratives ». « On (les généralistes) a été en première ligne dans l'accusation l'an dernier, c'est pourquoi on a pris des dispositions qui mobilisent les compétences, de manière à ce que l'on ne nous remette pas 15 000 morts sur le dos », explique le Dr Costes, qui vient d'écrire aux membres du Cnps (Centre national des professions de santé) pour leur demander de débattre prochainement au sujet de son projet de « plan d'intervention ».La confusion, semée par les divers plans canicule, vient aussi de la multiplication des groupes de travail aux missions redondantes ou incertaines, note un autre participant. Ainsi, le ministère de la Santé aurait annoncé la création d'une cellule de veille qui suivra les événements tout l'été. « Une manière de nous dire que, cet été, tous les responsables ne partiront pas en vacances en même temps et qu'il y aura toujours quelqu'un pour réagir au quart de tour », ironise l'observateur. Une autre syndicaliste n'a pas compris la même chose : pour elle, le ministère a parlé de créer un groupe interministériel sur la canicule, qui se réunirait une fois avant l'été, et une fois en octobre pour dresser le bilan. Quant au groupe urgences été 2004 », créé la semaine dernière sur impulsion du Dr Pelloux, et dont la mission est de suivre les mesures anticanicule, il s'est réuni pour la première fois mardi soir au ministère de la Santé, afin de vérifier, hôpital par hôpital, ce que sont devenus les moyens délivrés après la canicule de 2003. Là aussi, une coordination, voire une mise au point, se révèle nécessaire pour donner un peu de lisibilité aux divers travaux menés.



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