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Journal d'un homme qui vieillit : Senesco, 1987, 2004, de Antoine Vivaud (Fayard)


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Antoine Vivaud a 54 ans quand il commence un journal destiné à recueillir ses idées, ses pensées, ses états-d'âme face à son vieillissement. Son objectif : donner accès à une meilleure connaissance de ce processus de vieillissement. En un imposant ouvrage de plus de 600 pages, il fait part de ses réflexions, de ses découvertes, de ses lectures aussi, de 1987 à 2004. Senesco (je vieillis en latin) : chroniques d'un vieillissement, ni réussi, ni exemplaire, mais vécu de l'intérieur.

Un parcours, des modes de vie, des réflexions

Antoine Vivaud a beaucoup voyagé dans sa vie professionnelle. Très actif, il va petit à petit passer d'un "univers en perpétuelle expension" à une vie plus repliée. A la retraite il a les moyens d'organiser sa vie entre Paris, la campagne et à la montagne. C'est à la campagne qu'il préfèrera s'installer vers la fin de cette période.Il préconise que chacun réfléchisse aux lieux de vie préférés pour la retraite. Il pense qu'il faut les diversifier, "pour aller de l'une à l'autre selon l'humeur, le besoin, la saison".Grand lecteur, il analyse la façon dont des auteurs parlent de la vieillesse, un état qu'Antoine Vivaud met à distance. Il préfère la notion de "vieillissement" de processus. Il aime s'astreindre, tel "un bon élève", à un rythme de travail, de lecture. Il cite Cyrulnik, Montaigne, Montherlant, Hugo, Updike (Jour de fête à l'hospice), Moravia, Miguel Torga, Lévi-Strauss, Jocho Yamamoto, Pessoa, Gide, Jouhandeau, Borges, Jünger, Philip Roth...Très actif, voire sportif, l'andropause lui pose problème. Devenu montagnard, il aime marcher. A Paris, il privilégie toujours les escaliers aux ascenseurs. Seule des tendinites (miraculeusement rapidement soulagées par les anti-inflammatoires : "on peut donc très bien vivre avec une maladie chronique"), et une blessure aux ligaments d'un genou, vont calmer ses activités passé 70 ans. Le sommeil "s'effiloche" aussi, d'où une plus grande fatigue dans la journée ?Pessimiste de nature, il s'interroge souvent sur l'"éthique" de son expérience littéraire. Il se juge en état d'"apesanteur éthique", loin des convenances, des programmations sociales. Mais petit à petit, fatalisme et nihilisme s'imposent, même si l'auteur se juge sufisamment lucide pour avoir été continuelement "habité par le sentiment de son insignifiance cosmique ". Rien ne lui échappe : il connaît les chiffres sur la terrible maladie d'Alzheimer.Une anecdote : ne vérifiant plus son agenda, il oublie un rendez-vous médical. "C'est comme ça qu'on commence un Alzheimer" le taquine son médecin... Cette phrase a "raisonné" chez l'auteur... on le comprend !L'actualité va néanmoins finir par le lasser, il s'en détache.Grand collectionneur, il va longtemps garder cette envie d'acheter des livres, les ranger, les classer pour les lire demain, les relire... mais vers l'âge de 70 ans, cette envie va se tarir et l'"à quoi bon" s'installer.Physiquement, Antoine Vivaud vit dans des maisons "sans miroir". Il se rend compte que ses costumes sur-mesure ne lui vont plus. Toujours élégant, il remarque que ses contemporains soignent, comme lui, leur image. Si les vêtements sont plus souples, les chaussures confortables, leurs coupes, leurs couleurs n'en sont pas moins raffinées.Au cours de son journal, il va perdre sa mère. Il va alors souvent penser à ceux qui sont morts, à la façon dont ils ont vécu leur vieillesse. A différentes étapes, il va énumérer les auteurs, les artistes qui sont décédés avant d'avoir atteint son âge. A 70 ans, les traits vieillis de sa soeur aînée vont le surprendre, l'effrayer.Sur une période de 15 ans, il décrit ce vieillissement physique qui fera que ce qu'il faisait seul, il s'en "désengage" et le fait faire (par un jardinier par exemple).Mais ce que l'auteur supporte peut-être le moins bien est de "rencontrer sa silhouette d'Homme-vieux."

Senesco par Antoine Vivaud

Chez Fayard
616 pages
25 euros
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