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Benoîte Groult toujours ...

Aussi femme, aussi libre, aussi engagée.


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Benoite Groult a marqué l’histoire du féminisme des années 70. Lors d’un colloque en l’an 2000 qui lui était consacré, Josiane Sauvignon, critique littéraireau journal Le Monde, la présentait comme la femme du siècle. Journaliste, écrivaine –elle-même est à l’origine de la féminisation des noms de métier !- elle a mené combat en première ligne pour le droit à l’avortement, le droit au plaisir des femmes, contre toutes les formes de domination dont l’excision des africaines.
A 86 ans, son engagement intact, elle revendique maintenant le droit d’appuyer au moment venu et selon son seul désir sur La touche étoile .

Un roman « décoiffant » écrit par une femme qui s’est battue pour toutes les femmes, une femme devenue vieille, « dans une société où la vieillesse est un délit » et s’estime en tant que telle mieux habilitée que quiconque à parler du grand âge. La vieillesse est ici vue de l’intérieur sans compassion, sans dérision non plus mais avec une impitoyable lucidité et l’humour cinglant quicaractérise Benoite Groult.

Un roman émouvant et drôle sur plusieurs générations de femmes
: Alice,80 ans, journaliste féministe de choc, grand-mère indigne mais tendre qui ne se laisse pas déborder par son âge très avancé ; Marion qui forme avec son mari un couple moderne dans lequel chacun est respectueux de la liberté de l’autre.Moïra, la destinée dans la mythologie grecque, amoureuse de l’existence terrestre qu’elle ne connaîtra jamais, s’attache à faire advenir l’improbable en brouillant les cartes lorsqu’elle les juge mal distribuées : aidera-t-elle Alice a quitter la scène de la vie dans la même indignation que celle qui l’a toujours motivée ? En toute liberté ? Probable.

Liberté de ton, liberté de choix, la liberté tient autant de place dans ce livre que dans le coeur et la vie de son auteure. Dans « La touche étoile », Benoite Groult porte une regard acerbe sur notre société aliénante et ses stéréotypes. Si elle dénonce, ironiquement les maux de son vieux corps « Des organes que tu ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam vont t’imposer leurs caprices » et, parlant de ses genoux « Je peux lâcher à tout moment prévient, le gauche qui fait partie du syndicat du genou, un des plus intraitable » , dans sa tête, cette femme-là conserve, indéniablement, la fougue que l’on a coutume d’attribuer à la jeunesse. « On est vieux dans le regard des autres bien avant de l’être dans le sien ».

A propos du jeunisme forcené
qui veut nous gouverner, d’ailleurs : « Vieillir est le sort commun on le sait. Vaguement. Chacun s’estime informé »… « Quelques uns parviennent même à se convaincre qu’ils seront une exception … les zozos ! » et encore « Devenir un vieux jeune, même délabré, vous paraissait soudain tellement plus bandant que le rôle éculée de vieille personne même bien conservée ». « Pour éviter tout risque, il est donc impératif qu’ils vous ignorent, qu’ils fassent de vous des extra-terrestres avant l’heure, des Tutsis dans un monde de Hutus »

Sur les technologies envahissantes
: « Cette vieille conne de Bécassine n'a pas la cote sur le marché informatique. ».

Elle s’insurge à propos les enfants-rois :
« C’est l’ordinateur de papa qu’on veut ou rien du tout ! ». « Au fond, je ne sais pas ce qui m’irrite le plus : les petits chefs ou les petites putes ? » et déplore l’indifférence des jeunes générations : « Nous sommes la première génération de grands-parents abandonnés, coupés de leur descendance ». « C’est de cela aussi que nous allons mourir : d’une immense indifférence. »

Alice, la féministe, aimerait aussi plus de reconnaissance ou tout au moins davantage de conscience
de la part des jeunes femmes d’aujourd’hui sur ce qu'elles doivent à leurs mères ou leurs grands mères « Vous n’avez eu le droit de vote qu’à trente ans ? Pas possible ! disent ces décervelées. Y avait pas la pilule « autrefois » ? Comment vous faisiez ? demandent ces déculturées, pour qui « autrefois » commence hier et touche le Moyen Age. »

Alice, est fière de ses combats, fière d’être vieille de tout ce qu’elle a vécu
mais elle est lucide et « C’est par amour pour la vie que je voudrais la quitter à temps, non sans un terrible regret. Mais je sais que tout ce que j’ai déjà perdu et tout ce qui s’en va chaque jour, ne sera remplacé par rien. »« Je veux m’en aller, ma hotte lourde de souvenirs et les yeux pleins de la fierté d’avoir vécu vivante jusqu’au bout » dit-elle.

Benoîte Groult a assuré la promotion de "La touche étoile" à la télévision, la radio, la presse écrite, pour mieux connaître encore sa vie, son oeuvre : cliquez ici et peut-être aussi ici ... Ainsi soit-il !

La touche étoile, Editions Grasset, avril 2006, 284p, 17,90 €, chez votre libraire Pour commander en ligne, cliquer ici



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