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LETTRE OUVERTE AUX FAMILLES DES RÉSIDANTS

QUEL AVENIR POUR LES MAISONS DE RETRAITE ?


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DÉBAT DE SOCIÉTÉ ?Confronté chaque jour ou presque à la détresse de familles qui souhaitent pourun proche un placement “ en urgence ” dans une maison de retraite, un Directeur d’établissement pense utile d'alerter les Retraités sur la nécessité de décider eux-mêmes de leur avenir plutôt que de devenir captifs de leur environnement.Dans un véritable libre choix de rester - si possible - à domicile, ou de vivre - si possible - en établissement, toute la Société ne peut que gagner à voir les personnes âgées préserver leur autonomie, et leur liberté, en préparant pour elles-mêmes les meilleures conditions de fin d'existence. Est-il nécessaire de leur dire que c’est aussi un moyen de libérer ceux ou celles qu'elles aiment d'une terrible inquiétude et de recevoir de leur part encore plus d’affection ?

Madame ou Monsieur,

Quand il s’agit de Maison de retraite, votre premier réflexe, si vous n’avez jamais été confronté à la nécessité de vous y intéresser, pour l’un de vos parents ou une autre relation, est de changer de sujet. Il faut dire que c’est normal. Personne n’a envie, à quelques exceptions près, d’y penser. Mais quelque part, ou à un autre moment, si vous-même ou l’un de vos proches approchez les " soixante-quinze ans ", vous commencerez, et même peut être avant, à y réfléchir…quand même… !Bien sûr, vous aurez en tête les jugements courants qui, pour l’essentiel, vous sont fournis par les uns ou les autres et, ce qui est inévitable, par les grands moyens d’information (presse, revues spécialisées, radio, télévision). Sur le chapitre des médias, votre connaissance de ce type d’établissement tournera autour d’une évidence " il n’y a que des vieux ", ou le plus souvent d’un drame : une intoxication alimentaire collective, un incendie, ou bien encore la maltraitance ; la " bientraitance " rarement, pourquoi ? Le besoin d’audience ? Nous préférons penser qu’ils appellent d’abord, et fort justement, leurs lecteurs ou auditeurs à la vigilance, et certains professionnels à leurs responsabilités. Cependant la présentation et la répétition de ces mêmes évènements dramatiques vous conforteront dans l’idée qu’il vaut mieux rester chez soi.En cas d’urgence, vous devrez alors supporter et souffrir, comme tellement d’autres familles, de voir vos proches transportés à l’hôpital, et d’y rester ; enfin presque… ! Parce que revenir à leur domicile serait trop dangereux… " Quelle dernière belle image que celle d’une chambre d’hôpital, sans souvenirs, après une si longue existence… ! "C’est vrai, les pouvoirs publics vous ont promis de tout faire pour vous aider à maintenir vos parents à leur domicile, et c’est bien ; nous sommes, sur le plan éthique, du même avis pour " ce rester chez soi le plus longtemps possible ". Mais à quel prix, avec qui, pendant combien de temps, et jusqu’à quel stade ? Pour cela, puisque c’est leur choix, ou votre choix, les directeurs de maison de retraite sont même prêts à vous aider. Ils sont prêts à leur faire apporter des repas, à recevoir leurs appels téléphoniques d’urgence, à préparer leurs médicaments, à faire laver leur linge et à les accueillir de temps en temps, à organiser un service de personnel pour les aider à domicile, et même à leur procurer des distractions. Mais, à quel prix, avec qui, pendant combien de temps, et jusqu’à quel stade ? Parce que vous, c’est normal, vous n’avez pas toujours le temps de vous en occuper.

Mais plus tard, il est fort probable que vous viendrez quand même frapper à la porte de l’un des trop rares établissements ; bien sûr en catastrophe pour les faire entrer " la veille pour le lendemain ". Et en cas de refus, vous ne comprendrez pas ce qui se passe, ni vos enfants, ni vos amis. Personne ne comprend que " les urgences pour être en sécurité ", ce n’est pas possible tout de suite ; les maisons de retraite ne peuvent pas les prendre en charge quand toutes les places sont occupées et qu’il y a une liste d’attente.Alors, la mort dans l’âme, vos proches se résigneront à tout subir, à ce que tout soit décidé sans pouvoir y faire grand chose. Ils ne se seront pas préparés à cette évolution et ils auront d’énormes difficultés à s’adapter. Eux qui vous en imposaient tant, avec leur forte personnalité, rappelez-vous !…Et ils chercheront à savoir pourquoi ? Ils exigeront des réponses à leurs questions, et vous aussi, sur ce que l’on a dit ou promis, et en fin de compte sur leurs droits ou vos droits. Les directeurs, et les soignants, ne pourront rien faire pour vous rapidement ; ils ont tellement de charges et de contraintes.Avant de conclure, tout ce que nous venons d’écrire, vous le saviez déjà ! Mais d’autres familles ne le savent pas encore ou veulent l’ignorer ! Notre message, vous l’avez compris, est de vous dire de transmettre cette information à tous vos proches. Nous vous le demandons car nous savons qu’à présent, pour ce qui concerne vos enfants, vos amis, et vos autres relations, vous refuserez, comme nous les professionnels, de les voir souffrir moralement, à leur tour…

NOTA :

Par l’intermédiaire de cette lettre ouverte, les professionnels veulent favoriser une prise de conscience sur l’importance des problèmes liés au vieillissement et appeler sur la nécessité de créer des structures de qualité, et en nombre suffisant, au regard de la progression des besoins. On le comprendra d’autant plus que les mentalités sur ce sujet évoluent ; grâce à l’amélioration des services, dans la majorité des maisons de retraite, les personnes âgées y vivent heureuses et en sécurité.Le saviez-vous encore ? Dans ce type d'établissement, pour 100 personnes hébergées, près de 50 autres, beaucoup plus jeunes, travaillent pour elles d’arrache pied, avec un inlassable dévouement ? Toutes les familles qui ont un parent protégé et entouré dans "cette autre manière de vivre" peuvent témoigner de la qualité et du grand nombre d’occasions de communiquer de véritables sentiments, certes avec des personnes du même âge, mais aussi avec ces jeunes-là ? "" Il est donc de la responsabilité de tous " de ne pas décrier systématiquement les établissements d’hébergement pour ne pas laisser des centaines de milliers de personnes " vivre leur retraite dans l’angoisse, pendant des décennies ". Nous pensons qu’il est insupportable de les voir constamment redouter, pour leur grand âge, de devoir vivre en collectivité ; " ce lieu de vie où l’on soigne ", et dans lequel il y a des fêtes, de l’amitié, de l’amour, et avant tout de la solidarité.Michel SIDER. Membre du Conseil d’Administration de la Société Française de Gériatrie et Gérontologie.



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