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Vivre chez soi

Edito : ce que nous apprend ce confinement

Auteur Rédaction

Temps de lecture 4 min

Date de publication 27/04/2020

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Vivre la vie de celle qui met du vieux pain sur son balcon, devant son poste de télévision ?

Le confinement qui nous est imposé nous invite à vivre une vie différente, ajustée, étonnante pour les uns, restreinte pour les autres. Une vie qui peut ressembler à celle d’une personne âgée, fragilisée, malade, confinée chez elle. Celle de la (vieille ?) dame qui met du vieux pain sur son balcon, devant son poste de télévision comme le chante Jean-Jacques Goldman.

On apprend ce que veut dire être confiné à son domicile. Un domicile adapté ou non. Un domicile petit ou suffisamment grand pour y vivre le plus sereinement possible, avec son programme, ses rythmes réorganisés (notamment avec la maladie d’Alzheimer) avec des activités pour rester en forme, rester connectés, continuer de se faire plaisir, d’apprendre, de jouer d’un instrument de musique, de s’impliquer dans la vie de la cité, de créer jusqu’au bout (comme ces masques faits maison par expemple qu’il s’agit de savoir porter)… sachant que ne rien faire, dormir, se reposer c’est bien aussi !

Un confinement à son domicile où l’on vit seul ou avec son proche aidant. Et même avec un jardin, ce confinement n’est pas facile tous les jours et peut virer aux situations à risque de maltraitances (comme le rappelle le numéro national le 3977).

Le confinement questionne notre vie affective, notre moral comme celui des seniors. Il interroge nos relations, nos amours face à nos fragilités, nos vulnérabilités intrinsèques à notre condition humaine, à tous les âges. Il nous apprend la souffrance du manque de liens, la restriction des stimulations liés à la solitude et l’isolement non voulus. Ce confinement met ainsi en lumière ces pistes pour lutter contre l’isolement (en écho aux recommandations du rapport de Jérôme Guedj, voir les ressources disponibles et gratuites), ces communes qui pensent l’avancée en âge, ces Villes Amies des Aînés.

Ce confinement montre l’importance de la présence de l’autre. Mieux que rien : cette présence peut être virtuelle avec les réseaux, les technologies. Mais rien ne vaut le bruit, la chaleur, les regards, les touchers de l’autre, des autres. Plus largement, ce confinement nous donne du temps pour nous questionner (sans nous angoisser si possible) sur ce qui est important pour nous, sur le sens de notre vie.

Avec le confinement, les structures d’accueil de jour, de répit ont fermé. Les hôpitaux ont du renvoyer bon nombre de patients chez eux, vaille que vaille. Pour les courses, les médicaments, les aides à la vie quotidienne, voire les soins à domicile, on constate une baisse, voire l’arrêt de l’activité de ces aides à domicile selon les territoires. Pourtant des DAC, dispositifs d’accompagnements, se mobilisent sur le terrain. Des jeunes en service civique s’investissent et des solidarités de voisinage se tissent partout.
Mais le Collectif Je t’aide alerte sur l’urgence d’aider les proches aidants. Ils sont invités à participer à une enquête sur les réalités concrètes de l’aide quotidienne pendant cette crise sanitaire.

Ce confinement peut aussi aider à comprendre l’intérêt d’aller vivre avec d’autres, dans des structures adaptées au vieillissement qui s’équipent face au Covid-19. Cette semaine nous vous présentons à nouveau les familles d’accueil (solution encore mal connue), les petites unités de vie comme les Maisons d’accueil pour personnes âgées (Marpa). Ces solutions côtoient les habitats partagés, inclusifs, inventés par les personnes fragilisées, les aidants mais aussi les résidences autonomie (à caractère social), les résidences services seniors (privées), jusqu’aux établissement d’accueil pour personnes âgées dépendantes, pour les personnes les plus fragiles, les plus malades.

Ce confinement nous fait ressentir l’importance vitale de vivre ensemble, en groupes grands ou petits. Cela exige une part de renoncement à soi seul”, explique le neuropsychiatre Boris Cyrulnik sur France Inter. Cela demande d’apprendre à réguler ses émotions, à parler (notamment à ces cellules de soutiens psychologiques gratuites), à trouver des ressources au fond de soi et autour de soi”.

Ce confinement met en lumière, enfin, le nécessaire professionnalisme de ces métiers du care, ces petits métiers” : aides-soignants, aides à domicile, mais aussi postiers, livreurs, éboueurs… Accompagner, prendre soin de personnes fragilisées, malades, perturbées, en fin de vie, mais aussi de leurs proches aidants, demande de connaître la/​les pathologies, leurs évolutions, les techniques pour les aider, pour entrer en relation, garder le lien (par des regards, des paroles, des touchers professionnalisés), déployer des stratégies d’adaptation, de diversion, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, et faire appel aux ressources du territoires pour aider, soigner, prendre le relais afin de souffler, ne pas s’épuiser.

Le confinement nous montre les réelles spécialités médicales et sociales que sont la gériatrie, la gérontologie. Au même titre que la pédiatrie pour la petite enfance, prendre soin et accompagner une personne âgée en situation complexe demande des ressources, des professions, des compétences à acquérir, à reconnaître, à financer.

Alors qu’allons-nous retenir de ce confinement ? Quelle politique nationale et locale allons-nous déployer pour adapter notre société à son vieillissement, pour le grand âge, pour la toute fin de vie ? Quelle vie pour les plus vieux aujourd’hui, pour nous demain ?

Allons-nous la vivre debout jusqu’au bout ou la vivre par procuration ?

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